Son parcours a la tête de l’UGTA 1990-1997

UGTA

Son combat syndical en tant que Secrétaire Général de l’UGTA

La complexité de l’imbrication du travail syndical et de l’engagement patriotique est si forte que les activités de A.Benhamouda ne pouvaient être extraites du contexte particulier dans lequel elles se sont déroulées. Aussi une présentation de son travail à la tête de l’UGTA, depuis son élection en 1990 jusqu’à son assassinat, est proposée par ordre chronologique, année par année. Les deux principales caractéristiques qui distinguent son action syndicale sont : la rénovation de l’appareil de l’UGTA et la revendication syndicale en parallèle à sa lutte pour l’édification de l’état de droit et de démocratie. Par conséquent chaque chapitre par année comportera les deux axes cités.

A la tête de l’UGTA au lendemain des évènements d’octobre 1988, à la veille d’une décennie noire trempée de sang et de mort, en plein milieu d’une crise économique sans précédent, le défi de A.Benhamouda était très grand, mais pas plus grand que son patriotisme et son engagement. Ce “gourou” du syndicalisme constantinois, amoureux de son pays jusqu’à son dernier souffle, a su, avec sa modestie désarmante, captiver les cœurs des algériennes et des algériens. Il a su faire de son combat syndical un combat pour la sauvegarde des valeurs de la république, et des principes fondateurs de la nation algérienne, les principes de Novembre 1954.

Rares sont les personnes qui auraient su allier dans un heureux mariage, action syndicale et engagement politique. Son unique réponse aux reproches de certains d’avoir transformé la Centrale Syndicale en un instrument politique était que la sauvegarde de l’Algérie et de son avenir était au-dessus de toute autre considération. N’avait-il pas dit à maintes reprises que « Des fois, nous sommes obligés de sortir du cadre syndical pour mieux nous exprimer » ? Que « si c’est faire de la politique que de contribuer à sauver son pays, alors nous ferons de la politique » !

1990/1992 : Les slogans ne nourrissent pas les masses, les discours ne les hébergent pas et les fatwas ne les habillent pas. Rien ne se donne, tout s’arrache, même les plus élémentaires des droits.

En s’engageant dans le syndicat, le seul souci de A.Benhamouda était de pouvoir contribuer à améliorer la situation des travailleurs et leurs familles, il n’avait jamais nourri l’ambition de siéger un jour à la tête de la Centrale Syndicale, encore moins jouer un rôle déterminant dans l’avenir politique du pays et dans ses choix économiques. Il n’avait aucune ambition ou visée politique. D’ailleurs, il ne s’est pas présenté de son propre gré aux élections du congrès de willaya de Constantine en 1987, ni aux deux congrès nationaux de juin 1990 et Décembre 1994.

Mieux encore, Le congrès de l’union de wilaya de Constantine avait élu A.Benhamouda en son absence. Il a fallu au congrès dégager une délégation pour partir à sa recherche et le ramener dans la salle (Révolution Africaine No 1584).

Premières Revendications

Son Election à la tête de l’UGTA

Il n’était pas rare que des candidatures soient présentées par les instances de willaya d’origine, ou même par le congrès national de l’UGTA, le candidat ne peut alors qu’accepter. C’est dire la confiance et la foi qu’avaient les travailleurs et leurs représentants en A.Benhamouda.

Lorsqu’un groupe de syndicalistes UGTA, qui activèrent pour susciter sa candidature, l’approcha a Alger pour lui poser la question de savoir s’il serait d’accord pour que sa candidature soit mise en avant au 8ème congrès de l’UGTA, pour le poste de Secrétaire Général, A.Benhamouda fut pris de court et littéralement surpris, il répondit :

demandez moi de porter 10kg sur mes épaules, c’est peut être faisable… mais me demander de porter un quintal, j’en suis incapable.

(Témoignage recueillis sur les colonnes de l’hebdomadaire de l’UGTA Révolution et Travail (RT), du 29 Jan 98).

C’est l’insistance, la persévérance et la ténacité de ses camarades qui feront qu’en juin 1990, lors du huitième congrès de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), le premier ayant coïncidé avec l’ère du multipartisme, A.Benhamouda soit candidat et réussit à remporter une victoire historique des élections du secrétariat national à l’unanimité.

Dans sa première interview, post élection, accordée au journal el massa du 23 Juillet 1990, il livra les grandes lignes de son programme :

la préservation des droits des travailleurs, le dialogue préalable à toute prise de décision et la libération des travailleurs de toutes contraintes.

(elmassa23071990)

Ce fut dans un contexte difficile que Benhamouda prit les commandes de l’UGTA, au lendemain des manifestations d’Octobre 1988, qui ont vu la scène politique Algérienne se métamorphoser, du parti et de la pensée unique, au pluralisme anarchique, du socialisme à une démocratie précaire. Il dut affronter très tôt la réalité amère du désordre politique et de la défaillance économique du pays, associé à l’ascension de l’intégrisme politique, qui entrainera le pays dans un tourbillon de violence.

Rappel Articles 120

A.Benhamouda a très tôt appris à se battre pour ses idéaux ; les difficultés ne lui faisaient point peur. D’ailleurs sa réputation de syndicaliste chevronné l’avait précédé à la maison du peuple. Beaucoup se demandaient comment cet enseignant de Constantine, connu pour ses mésententes avec les autorités locales de cette wilaya qui ont tenté, en vain, à plusieurs reprises de l’évincer ait pu échapper au couperet de l’article 120, adopté par le congrès extraordinaire du FLN de 1980, comme en témoigne M. Sidi Said Hamid Wali de Constantine (1984-1987) :

élu à une écrasante majorité secrétaire général de cette importante instance. Dès le lendemain de la clôture du congrès, une action a été engagée par des responsables locaux du parti pour demander l’annulation de cette élection en application de l’article du règlement du parti sous prétexte que Abdelhak Benhamouda n’était pas militant structuré dans une cellule du FLN.

Cet article visait tout simplement la subordination au FLN des organisations de masses, particulièrement l’UGTA, qui au cours des années 1970, rejetait la tutelle asphyxiante du parti unique.

S’inscrivant dans l’esprit de cet article, lors du 6eme congrès de l’UGTA en 1982, il fut décidé de dissoudre les fédérations, considérées comme la cheville ouvrière de l’UGTA, pour les remplacer par des « secteurs », structures rattachées fortement aux échelons de directions, afin de mieux les maitriser

(Grèves et conflits politiques en Algérie, A.Benamrouche, 2000).

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Algérie Actualité un mois après son installation à la tête de la centrale syndicale, A.Benhamouda explique :

les réputations sont toujours relatives. La mienne me vient sans doute d’une conjoncture. Dès que j’ai milité à l’UGTA, j’ai été favorable à son autonomie. Je ne suis pas le produit de l’article 120, j’en ai été victime. Par exemple, en 1980, au congrès de l’union territoriale – centre de Constantine nous avons résisté durant 09 jours. Autre exemple, il nous fallait parfois de 4 à 5 mois pour pourvoir former une liste des candidatures aux organes de la Gestion Socialiste des Entreprises. Vous vous souvenez, des responsables FLN présidaient les commissions. Ils voulaient que les Assemblées des Travailleurs de l’Unité soient des « cellules » FLN. Les DG voulaient des « conseils de gestion » et cherchaient des candidats cadres et universitaires. L’équipe dont je faisais partie cherchait d’abord des meneurs d’hommes, des syndicalistes jouissant de crédibilité auprès des travailleurs. C’est après qu’intervenaient l’appartenance au FLN ou le diplôme

Durant le mandat qu’il passé à la tête de l’UGTA, A.Benhamouda parvint à définitivement libérer l’UGTA de toutes les tutelles, à faire de l’organisation syndicale une organisation unitaire et revendicative, capable d’assumer, avec toute l’efficacité requise, la défense des intérêts des travailleurs, un instrument au service exclusif des travailleurs, et à en faire un partenaire incontournable des pouvoirs publics et des associations de patronat.

Restructuration de l’UGTA

Donc, avant tout autre défi, Benhamouda devait consacrer l’indépendance de l’UGTA de toute tutelle, et faire d’elle une force représentative qui devait peser par le nombre et le poids de ses adhérents. Pour ce faire, il était indispensable de réorganiser le travail syndical. Il faut dire que l’UGTA à la fin des années 1980 ne représentait qu’un faible pourcentage des masses ouvrières. Ceci étant dû, en partie, aux problèmes d’organisation qui constituaient l’une de ses principales faiblesses, et cela avait une incidence directe sur la prise en charge des préoccupations des travailleurs qui s’identifiaient de moins en moins à leur organisation.

Les statuts de l’UGTA étaient en inadéquation avec la conjoncture politique, économique et sociale de l’époque, et compromettaient gravement le développement du mouvement syndical, Conscient de cette situation, A.Benhamouda, déclencha très rapidement une réorganisation des structures de l’UGTA en conformité avec les dispositions du statut adopté par le 8ème Congrès et le Règlement Intérieur adopté par la Commission Exécutive Nationale qui préconisaient une nouvelle organisation des structures tant horizontales (Unions Locales) que verticales (Fédérations Nationales).

Cela aura permis à l’UGTA un redéploiement plus large et une meilleure implantation à travers le territoire national ainsi qu’une présence plus conséquente dans les différents secteurs d’activité. La création des Fédérations Nationales et des Unions Locales était d’une extrême importance et ouvrait de grandes perspectives à la base syndicale.

Ces nouvelles structures allaient permettre à l’organisation syndicale :
• De s’inscrire dans les mutations qui s’opéraient sur la scène nationale aux plans politique, économique et social ;
• De se mobiliser et organiser les travailleurs pour faire face aux grands enjeux et aux graves défis de l’époque ;
• De défendre leurs intérêts matériels et moraux devenus menacés plus que jamais ;
• De préserver le secteur public et de lutter contre les phénomènes négatifs répandus à tous les niveaux et qui prenaient des proportions inquiétantes.

Directive UGTA, 15 Octobre 1990.

 

 

Cette réorganisation, A.Benhamouda la voyait aussi comme la meilleure forme du pluralisme syndical en Algérie. Cela permettra une meilleure représentativité et une meilleure pénétration de l’UGTA au sein du monde du travail, et donc un plus grand pouvoir de négociation avec les partenaires sociaux et une meilleure prise en charge des dossiers et des problèmes des travailleurs. Ces derniers auront les pleins pouvoirs de l’élection de leurs représentants, en toute équité et transparence, ainsi qu’un pouvoir décisif sur la direction et l’orientation de leur centrale syndicale.

C’est ainsi que A.Benhamouda présenta sa vision

… J’aimerai que les travailleurs réfléchissent à une proposition très importante. Celle de faire de l’UGTA le symbole et le cadre du pluralisme syndical et de l’unité des travailleurs. Après ce 8ème congrès, nous nous préparons à créer les syndicats de branches et des secteurs professionnels, les fédérations. Nous voulons faire en sorte que ces syndicats au pluriel soient le pluralisme syndical, et que les structures horizontales (Unions territoriales, de Wialya…) regroupent les travailleurs quelles que soient leurs branches d’activité et assurent l’unité. A ce niveau, nous programmons de nouveaux congrès.

Algérie Actualités No 1295 9-15 Aout 1990.

Le pluralisme Syndicale

La notoriété de A.Benhamouda le précédait, beaucoup appréhendaient déjà ce qu’il allait faire de la centrale syndicale, lui qui avait mis en échec l’OPA du FIS sur le syndicat de  Constantine, et par suite dans tout l’est Algérien (Algérie Actualité No1351). Il fallait le casser, avant même qu’il ne commence. On s’attela donc à créer des syndicats « libres », qui étaient tout sauf libres, tel que le SIT (Syndicat Islamique du Travail) afin de miner le terrain de l’UGTA. Mais il ne céda pas aux surenchères, tout au long de son parcours syndicale, il garda toujours en tête les intérêts du pays et des travailleurs avant toute autre considération.

Sa vision, il l’exprima en des termes frappés de lucidité :

« … Je ne suis pas contre le pluralisme, tout en précisant n’être pas de l’avis de ceux qui pensent que le pluralisme politique doit automatiquement déboucher sur plusieurs organisations syndicales. Mais je préfère réfléchir par rapport à la conjoncture actuelle et aux intérêts des travailleurs. Que donneraient plusieurs organisations syndicales ? Au mieux, une organisation syndicale majoritaire qui serait le vis-à-vis des autres partenaires sociaux, quel que soit le nombre des autres organisations. Donc, une pluralité syndicale, mais une seule organisation négociant avec les dirigeants et patrons. Au pire, plusieurs petits syndicats se battant pour être l’interlocuteur unique ou privilégié du pouvoir ou des autres partenaires sociaux. Ce duel risque de non seulement de desservir les revendications des travailleurs, mais les syndicats eux-mêmes, puisque l’ambition de représenter distinctement tous les travailleurs risque de se traduire par l’inverse : la grande majorité des travailleurs restant en dehors de syndicats qui ne peuvent les défendre. Les nouvelles lois sont claires. Pour négocier, il faut se prévaloir de 20% des collectifs. Il est possible que personne n’atteigne ce seuil…. ». (Algérie Actualités No 1295 9-15 Aout 1990)

Premières Revendications :

 Amendements des lois syndicales et récupération des biens des travailleurs.

Tout en s’affairant à réorganiser l’UGTA, A.Benhamouda donnait déjà le ton de son mandat ; il n’était pas disposé à laisser le gouvernement ou tout autre partenaire s’attribuer les prérogatives des travailleurs et des syndicats. Il demandait la révision des amendements de la loi syndicale introduits en Mars 1990 qui avaient provoqués la colère du monde du travail ; un groupe de travail « législation » avait d’ores et déjà été mis place pour s’atteler sur les importants dossiers (Algérie Actualités No 1295 9-15 Aout 1990). Il avait aussi

« …déjà arrêté des revendications concernant la sécurité sociale ; Il s’agissait de la récupération de tous les biens de la sécurité sociale ou de l’indemnisation, de la restitution de sa gestion aux travailleurs en premier lieu, et enfin de l’arrêt du financement de la santé publique par la sécurité sociale et la récupération des ‘ trop prélevés’ ».

Dans un entretien il expliquait :

« …Nous ne cherchons pas à vider les caisses de l’état mais à défendre les travailleurs, à renflouer les caisses de la sécurité sociale, les mutuelles, les caisses de retraite que l’Etat a vidées. Sinon, nous ne sommes pas un syndicat. Aucune autre couche sociale que les travailleurs n’a contribué au financement de la santé publique. Nous savons pourtant bien qui a principalement bénéficié de prestations un tant soit peu dignes de ce nom… ». (Algérie Actualités No 1295 9-15 Aout 1990).

Refonte du Système Fiscal

Il exigeait aussi une revue totale du système fiscal :

… ceux qui remplissent les caisses de l’état, ce sont bien les travailleurs, les salariés en général. En face, on exonère d’impôts sur 5 ans des capitaux dans certains cas construits à l’ occasion d’un marché, avec des 50% d’avances et des 50% de prêts bancaires ! Sont-ce des biens publics, sont ce des biens privés ? Qu’on veuille organiser un secteur privé ne nous dérange pas, mais que cela soit avec son capital, ses moyens…

Secteur privé

Droits syndicaux du secteur privé

Par ailleurs, et bien que l’UGTA faisait de la défense des entreprises et du secteur public son cheval de bataille, A.Benhamouda ne négligeait pas pour autant les travailleurs du secteur privé pour lesquels il envisageait de créer une fédération nationale car selon lui bien souvent leurs droits n’étaient pas respectés

…mais on ne les entend pas parce qu’ils ne sont pas organisés. Parce que lorsqu’ils essaient les grèves, ils n’ont pas droit à un sou. Parce que la solidarité n’existe pas entre travailleurs des secteurs public et privé. Cette solidarité nous allons l’organiser. L’organisation démocratique de la solidarité de tous les travailleurs assure leur unité contre les interférences des tendances politiques sur le terrain syndical.

(Algérie Actualités No 1295 9-15 Aout 1990)

Bras de Fer UGTA / Gouvernement

Avec ce nouveau locataire de la Maison du Peuple, la rentrée sociale de 1990 s’annonçait bien plus chaude que d’habitude. Le nouveau Secrétaire Général de la Centrale Syndicale s’engage avec Mouloud Hamrouche, alors chef du Gouvernement, dans des négociations marathons et épuisantes pour le gouvernement, non habitué à des négociations aussi coriaces ; entre le 23 et le 25 Octobre 1990, qui permirent de procéder à l’examen de l’ensemble des préoccupations des travailleurs notamment leur pouvoir d’achat, protection sociale, emploi, lois sociales, secteur public, etc. A l’issue de ces discussions les deux parties ont convenu d’un accord sur onze points (les onze points de l’accord peuvent être consultés ici), englobant entre autres :
 Le relèvement du SNMG de 1000DA à 1.800 DA à compter du 1er Janvier 1990 et ensuite 2.000 DA à compter de Juillet 1991.
 Le relèvement du salaire minimum d’activité aussi bien pour le secteur économique que pour le secteur des institutions et administrations publiques à 2100 DA à compter du 1er Novembre, 2300 DA à compter du 1er Janvier et 2500DA à compter de Juillet 1991.
 Le relèvement du seuil d’exonération fiscale des salaires (ITS) à 1800DA à compter du 1er Janvier 1991.
 L’amélioration de la disponibilité et stabilisation des prix des produits de consommation de base.
 Le renforcement et réforme de la fonction publique, en priorité le secteur de l’éducation et de la santé.
Ces négociations ont aussi abouti à la retenue du principe de l’institution d’une caisse d’assurance chômage et constitution d’un groupe de travail commun chargé d’étudier les mécanismes et instruments de son financement et l’identification des catégories pouvant en bénéficier.

La fiscalité, sujet tabou mais cher à A.Benhamouda, avait aussi été abordé. A.Benhamouda considérait que l’impôt sur les fortunes pouvait constituer un élément de justice sociale qu’il fallait impérativement instaurer. Le gouvernement avait alors fait état du dépôt auprès de l’APN dans le cadre de la loi de finances pour 1991 d’une réforme fiscale profonde visant à organiser la contribution des opérateurs et citoyens dans un cadre transparent, de justice sociale et d’efficacité dans sa mise en œuvre.

Le Gouvernement Hamrouche s’était par ailleurs engagé à introduire, sous forme d’amendements à l’APN, les propositions d’amendements des lois sociales formulées par l’UGTA et retenues suites aux séances de travail prévues entre les deux parties à ce sujet.

Pour la question du logement social, les deux parties se sont mises d’accord pour faire connaitre et mettre en œuvre les mécanismes de soutien à la construction de logements collectifs au profit des travailleurs en mobilisant les ressources nécessaires, compte tenu de l’importance de cette préoccupation au niveau du monde du travail.

 

Problème FIS / SIT

En parallèle des discussions avec le gouvernement Hamrouche, et tout en assurant une meilleure prise en charge des dossiers et doléances des travailleurs, A.Benhamouda gardait toujours un œil sur ce qu’il appelait « les tentatives de briser l’UGTA ». Il dénonçait :

« Des personnalités proches du pouvoir et du gouvernement recevaient des délégations du pseudo-syndicat islamique non agréé et représenté par quelques « RABITAT ». L’UGTA y voyait un encouragement à poursuivre la division des travailleurs et par voie de conséquence porter un coup sérieux à sa conception unitaire du mouvement syndical indépendant ».

En Janvier 1991, l’UGTA est reçue par le Président de la République, et pose concrètement le problème du FIS. Algérie Actualité No1351 5-11 Septembre 1991. Les membres du secrétariat national de l’UGTA ressortent rassurés de l’audience.

Grève Historique du 12 Mars 1991

Un mois plus tard, le 09 Mars 1991, l’UGTA, par l’intermédiaire de son secrétaire général lance un appel à une grève générale les 12 et 13 Mars. Le principal motif étant le non-respect des accords d’Octobre 1990 ainsi que le gel des salaires de plus de deux cent mille travailleurs. Les griefs dressés par le leader de l’UGTA lors d’une conférence de presse tenue à la maison du peuple étaient nombreux, et allaient de la flambée des prix de produits de base au refus de voir les travailleurs assumer seuls les retombées de la crise économique.

A.Benhamouda avait rappelé alors que le gouvernement s’était engagé à éponger le déficit des entreprises publiques, à ne pas recourir aux licenciements, à stabiliser les prix des produits de large consommation, en plus d’autres mesures destinées à amortir le choc du passage à une économie de marché.

Mais le contraire s’était produit, la stabilité des prix n’avait pas été assurée, les licenciements avaient augmenté, le gouvernement ne s’était toujours pas penché sur le dossier de la sécurité sociale et avait complètement mis à l’écart le dossier de l’allocation chômage. Seules 10% des entreprises étaient arrivées à lancer des négociations sur les salaires avec des résultats positifs, prouvant le peu de sérieux avec lequel les chefs d’entreprises s’étaient engagés dans l’application des accords d’Octobre 1990.

 

 

C’était la première fois depuis l’indépendance de l’Algérie qu’un tel appel est lancé. Ce fut l’une des plus grandes marques de force de A.Benhamouda qui donna le ton et les couleurs de son mandat à la tête de l’UGTA.

Sur un simple mot d’ordre, des centaines de milliers de travailleurs avaient paralysé l’économie du pays pendant deux jours, la grève fut suivie à plus de 90% des travailleurs tous secteurs confondus, dans certaines villes on signalait même des taxieurs et des commerçants qui avait suspendu leurs activités en signe de solidarité avec les grévistes. Ce qui fut appelé « la grève du couffin » sera une première d’une série d’actions revendicatives de l’UGTA sous l’ère de A.Benhamouda.

Dans un article consacré à ce mouvement, l’UGTA écrit :

Ainsi, en réponse au mot d’ordre lancé par la direction issue du 8ème Congrès, un mouvement de grève fut déclenché les 12 et 13 mars 1991, suivi à plus de 90% dans toutes les branches d’activités. Le gouvernement considère que cette action revendicative de l’UGTA est une tentative de déstabilisation du pouvoir. Le mouvement gagna en vigueur et quatre jours après, les travailleurs occupent les lieux de travail et dénoncent le non-respect des engagements du gouvernement contractés en octobre 1990. Le pays entier est paralysé avec les grandes infrastructures à l’arrêt comme les ports, aéroports et les différents pôles industriels. Cette partie de bras de fer fut à l’avantage de l’UGTA puisque dès le début avril s’engagèrent des négociations entre le Gouvernement Hamrouche et la délégation syndicale, conduite par A.Benhamouda. Elles aboutirent à la revalorisation du SNMG, à l’augmentation des allocations familiales, à l’assainissement financier des entreprises, à l’approvisionnement en produits de large consommation, à la stabilisation des prix et à l’approvisionnement des entreprises en matières premières. Ces gains de la Centrale Syndicale furent couronnés par la mise en place de la première tripartite qui consacrera dorénavant des rapports formalisés de dialogue, d’échange et de négociation entre les partenaires sociaux

(source :lavoixdesidibelabbes.info/?p=11051).

L’Accord du 14-03-91

Sous les coups de boutoir de l’UGTA et au lendemain de la grève, le 14 Mars 1991, l’UGTA est de nouveau invitée à la table de négociations. Celles-ci se soldèrent par un nouvel accord intervenu entre l’UGTA et le gouvernement le 11 avril 1991, et qui répondait à de multiples attentes des travailleurs

(cliquer ici pour voir ces accord).

L’UGTA devenait incontournable.

En plus des gains socio-économiques arrachés par cette action syndicale, celle-ci avait aussi permis de rallier toutes les forces syndicales et les travailleurs autour de leur leader charismatique, de remettre les pendules à l’heure pour le gouvernement ; les choses avaient changées, la centrale syndicale n’était plus au service du parti unique mais au service de ses adhérents.

Ces actions syndicales auxquelles le peuple et la classe politique n’étaient pas du tout habitués, permirent à toutes les forces politiques et sociales de comprendre que la centrale syndicale était une force qui allait peser lourdement dans les choix politiques et économiques du pays. Ceci, les leaders des partis intégristes l’avaient très bien compris, c’est pourquoi A.Benhamouda deviendra très tôt leur ennemi numéro un, et une cible à abattre.

Grève de l’ex FIS

Très vite, les leaders de l’ex-FIS comprirent que A.Benhamouda était un homme qui allait déranger leurs plans. Ces derniers décidèrent alors de provoquer une désobéissance civile qu’ils ont essayé de maquiller pour la faire passer pour une grève. Le SIT, qui n’avait rien d’un syndicat, mais un instrument et le prolongement du parti politique intégriste, avait fini par croire ses propres mensonges, en se prenant pour un vrai syndicat et en lançant un appel pour un arrêt de travail général illimité à partir du 27 Mai 1991, sans préciser le but ni les revendications de cette action qui sera condamnée par A.Benhamouda vu son objectif politique, très éloigné des revendications syndicales.

A.Benhamouda expliqua à l’hebdomadaire La Semaine du 9-15 Juillet 1991

… Il s’agissait bien de désobéissance civile, car pour nous le mot d’ordre de grève avait échoué dès les premiers jours …. La majorité des meneurs de grève étaient paradoxalement en congé, de détente, de maladie ou de récupération. Autre paradoxe, nous les avons retrouvés à leurs postes juste après les évènements, tandis que ceux qui ont suivi leurs injonctions se sont retrouvés licenciés, suspendus ou tout au moins, avec des retenues sur salaires. C’est une situation qui témoigne largement d’une malhonnêteté. C’est pourquoi nous avions soutenu, et le temps nous a donné raison, qu’il ne s’agissait pas d’une grève, car si c’en était une, ceux qui l’ont décidée auront été les premiers à l’observer.

Il veillera à travers plusieurs rencontres et sorties médiatiques, à démasquer les intentions malsaines de l’ex FIS visant à compromettre l’action syndicale, diviser les rangs de l’UGTA, et plus important encore, duper les travailleurs en les trainant dans un conflit qui risquait de mettre et leurs intérêts et l’intérêt de tout le pays en péril :

…Pendant la période de désobéissance, des citoyens ont été intimidés et d’autres agressés. Des entreprises ont failli être fermées. Des sabotages économiques ont été organisés. Des centrales téléphoniques, des centrales électriques, des unités d’hydrocarbures ont été également vidées, dans l’intention de paralyser le pays, dira-t-il dans le même entretien.

La « grève » du SIT fut un échec total, suivi à peine par 4% des travailleurs, y compris les absences autorisées, si bien que quatre jours après le début du mouvement le SIT établira une liste de « revendications » à la hâte dans l’espoir d’entrainer les travailleurs et augmenter le taux de participation.

A.Benhamouda dira dans un autre entretien au Quotidien d’Algérie du Mardi 23 Juillet 1991

…Moi, je sais comment préparer et conduire une grève vers la réussite, à partir du moment où la grève générale a montré ses insuffisances, le SIT était chargé d’appâter les travailleurs avec des revendications socioprofessionnelles. Mais si vous revenez à ces revendications vous constaterez qu’il est pratiquement impossible de les satisfaire. C’est de la pure surenchère. Je vous donne un exemple. Le SIT revendiquait 5.000 dinars d’allocation chômage, 2.500 DA pour la femme au foyer et 30 DA par enfant d’allocation familiale.

Il enchaina

Si, je prends mon cas, avec la satisfaction de ces revendications, je vais percevoir par mois, et étant inscrit au chômage quelques 10.000 DZD par mois, alors qu’en travaillant, j’en perçois actuellement la moitié. Alors pourquoi me casser la tête ? Non, la démagogie et la surenchère du SIT auraient fait s’inscrire au chômage tous les algériens. Le budget de tous les pays de l’Union du Maghreb arabe, consacrés uniquement à l’Algérie n’y aurait pas suffi. Et les travailleurs ont très bien compris que c’était de la démagogie parce que déjà l’augmentation de 1.000 DA par mois arrachée par l’UGTA était un fardeau pour certaines entreprises. Les travailleurs n’ont pas marché, et ils ne marcheront pas derrière les démagogues.

Défense des travailleurs dupés par le SIT

Suite à ce mouvement insurrectionnel, aux sabotages, à l’incitation aux actes de violence, l’état de siège est proclamé pour protéger les citoyens et les biens publics. Le programme d’action de l’UGTA fut donc gelé à 60%. A.Benhamouda dira :

…entre ma liberté individuelle et l’avenir du pays, ma préférence va naturellement à ce dernier….en cas de désordre, ce sont les travailleurs qui paient la facture

La Semaine du 9-15 Juillet 1991.

La « grève » est démantelée un mois plus tard, des milliers de travailleurs, subjugués par les promesses du SIT, se sont retrouvés sans emploi, certains ayant abandonné leurs postes plus de quinze jours. Encore une fois, l’UGTA se retrouve devant le fait accompli, appelée par son devoir à défendre ceux-là même qui avaient participé à un mouvement qui entre autres la ciblait.

Mais A.Benhamouda ne faisait pas d’amalgames, il expliquait que l’UGTA ne pouvait pas être contre les travailleurs, que la défense d’un travailleur, au-delà de sa personne, est celle d’une famille, de ses enfants, « certains partis moralisateurs nous ont accusés de syndicat du ventre. Ils oublient que si le ventre n’est pas plein et bien couvert, aucune valeur n’est concevable. Un jeune qui ne peut assouvir sa faim est la proie à la déviation, la délinquance, le vol, la drogue. De la même manière, une jeune fille ne peut être préservée de la débauche si elle se trouve dans les mêmes conditions. Les slogans ne nourrissent pas les masses, les discours ne les hébergent pas et les fetwas ne les habillent pas. Ce pourquoi nous veillons à la dignité des travailleurs » La Semaine du 9-15 Juillet 1991.

L’UGTA fera en sorte que la majorité des grévistes regagnent leurs postes, en s’assurant que tous les syndicats d’entreprises traitent leurs dossiers au cas par cas avec leurs employeurs ; ceux ayant commis des crimes économiques ne pouvaient naturellement pas compter parmi ceux réintégrés :

…Notre position, en accord avec les gestionnaires est que la situation des licenciés devait être examinée au cas par cas, c’est-à-dire par la traduction devant le conseil de discipline de l’unité et de l’entreprise avec exercice normal de la défense et du droit de recours. Or, jusqu’à preuve du contraire, ce sont les représentants de l’UGTA qui siègent dans les conseils de discipline. Nous avons donné à nos représentants des consignes très strictes pour qu’ils ne prennent pas de décision, disons syndicale, pour la simple raison que leur organisation syndicale était contre la grève. C’est comme cela, et toujours en plein accord avec les gestionnaires que l’écrasante majorité des travailleurs licenciés ont pu réintégrer leur poste de travail.

Quotidien d’Algérie du Mardi 23 Juillet 1991.

A.Benhamouda leva toute équivoque et amalgame du sort des travailleurs licenciés affiliés au SIT dans une interview qu’il accorda à l’hebdomadaire Parcours Maghrébins semaine du 9 au 15 Septembre 1991.

Avec cette action qui va à l’encontre de l’esprit et des principes du syndicalisme, le syndicat non agréé de l’ex FIS avait signé son arrêt de mort. Ce qu’il ne faut cependant pas oublier, c’est que durant le mois de Juin 1991, l’UGTA était l’unique organisation représentative en Algérie à avoir dénoncé dans les termes les plus fermes les tentatives de l’ex FIS d’accéder au pouvoir par la violence

(Algérie actualité No 1351).

La grève illimitée du SIT, c’est l’UGTA de A.Benhamouda qui l’avait mise en échec, aucun parti n’avait bougé le petit doigt, bien que certains aient eu le cran de demander aux travailleurs de boycotter la grève légitime du 12 Mars de l’UGTA.

Ceci ne fera qu’intensifier la haine viscérale qu’avaient les intégristes pour A.Benhamouda. D’ailleurs, peu de temps après la grève avortée, A.Benhamouda fut agressé en plein centre-ville, au quartier Ruisseau, par une bande de voyous de l’ex FIS, alors qu’il était à bord de son véhicule. Il sera sauvé par les travailleurs d’une entreprise publique dans le même quartier, attirés par le chahut. Depuis, A.Benhamouda vivra constamment sous la menace, lettres anonymes, appels au meurtre, et intimidations qui atteindront même sa famille. Ici quelques exemples des menaces qui pesaient sur lui et les syndicalistes.

Les revendications de l’UGTA

Ceci ne l’empêchera pourtant pas d’œuvrer pour le renforcement des droits des travailleurs, la protection de leur statut social et économique, et le positionnement de la centrale syndicale comme partenaire incontournable des pouvoirs publics et du patronat, c’est d’ailleurs, A.Benhamouda qui sera à l’origine des plateformes de dialogues nommées communément tripartites, composées des représentants de l’UGTA, du gouvernement, et du patronat.

Il s’est farouchement opposé à la privatisation anarchique des entreprises publiques et le programme de rééchelonnent de la dette extérieure avec le FMI ; il dénonçait ce qu’il appelait « l’économie de bazar » qu’on voulait faire passer pour une économie de marché. Il ne cessa de revendiquer les droits des couches défavorisées et à appéler à la protection du pouvoir d’achat des travailleurs qui ne cessait de baisser vu l’état précaire de l’économie Algérienne.

En septembre 1991, L’UGTA établit une plate-forme comprenant des constats alarmants, pour mener des négociations avec le Gouvernement Ghozali. Plusieurs points des accords d’Avril n’avaient toujours pas été honorés, notamment la stabilisation des prix, les salaires impayés, les amendements aux lois sociales, le statut de la fonction publique, les œuvres sociales pour les fonctionnaires, l’organisation d’une tripartite pour étudier les modalités d’une amélioration de la prime du salaire unique et la réintégration des travailleurs titulaires de décisions de justice. Ces constats ont aussi été accompagnés de nouvelles propositions qui concernaient entre autres :
– Les salaires : les revalorisations d’Avril ayant été largement entamées par l’inflation, l’UGTA exigeait :
 Une inscription d’exonération automatique au SMA et SNMG, à titre transitoire, dans la loi de finances 1992.
 L’indexation du SMA sur le coût de la vie selon des mécanismes et instruments que l’UGTA proposait d’étudier conjointement avec le gouvernement avant la fin de l’année 1991.
 Un ajustement des salaires au 1er Janvier 1992, et le principe de révision périodique compte tenu de l’évolution du coût de la vie.
 Réajustement du régime indemnitaire tous secteurs confondus.
– La disponibilité des produits de large consommation et la stabilisation des prix ;
– Fiscalité : l’UGTA réaffirmait sa position pour un système fiscal juste au plan économique et social qui permet aux producteurs, entreprises et travailleurs, de bénéficier de leurs efforts. Elle a demandé que la loi de finances 1992 prévoit :
 De faire partager l’austérité par toute la collectivité.
 De faire contribuer chacun en fonction de ses revenus réels.
 De frapper lourdement les activités spéculatives, les gaspillages, le luxe…
 D’introduire un impôt véritable sur les fortunes et les signes extérieurs de richesse.
 De l’allègement de l’impôt sur les salaires.
– Pour un cadre de concertation permanent et démocratique, la mise en place d’un CNES (Conseil National Economique et Social) dans les meilleurs délais ;
– L’UGTA avait aussi formulé des propositions qui touchaient à : la sécurité sociale ; le logement social ; assistance aux chômeurs ; emploi/secteur public ; législation du travail (lois sociales, l’exécution des décisions de justice, fonction publique – œuvres sociales -, conventions collectives) ; arbitrage des conflits sociaux. Toutes ces propositions peuvent être consultées sous ce lien.

L’Accord du 15-09-91

Une rencontre Gouvernement-UGTA eut lieu le 15 Septembre 1991 à l’issue de laquelle un communiqué (lien communique) commun fut publié ; le gouvernement s’était engagé à régler les points restés en suspens issus des précédents accords, et à étudier attentivement les autres préoccupations contenues dans le document présenté par l’UGTA.

En dépit de cela, une hausse surprise des prix intervint au mois d’octobre 1991 à la suite de laquelle A.Benhamouda déclara sur les colonnes du quotidien El Watan du 21 Octobre 1991

…nous sommes toujours pour le dialogue responsable. L’UGTA a fait preuve d’une grande patience. Nous avons privilégié le dialogue parce que la conjoncture internationale n’était pas favorable au pays. La situation interne extrêmement fragile. Mais force est de constater qu’avec cette approche de règlement de la crise, les travailleurs ont été délaissés, oubliés. Les travailleurs veulent produire davantage mais on leur répond que c’est un problème de moyens. En vérité les moyens existent mais ils souffrent d’un gaspillage considérable. Faut-il accorder la priorité à des engins ou alors à des voitures particulières ? Aujourd’hui, des milliers d’engins sont immobilisés faute de pièces de rechange, alors qu’on importe des voitures particulières. Nous vivons une situation dramatique et qui fait que l’on est en train de « sacrifier » 90% de la population, le danger vient qu’on focalise actuellement toute l’attention sur les hausses des prix de l’huile et du sucre, et on oublie que la scolarisation des enfants grève lourdement le budget familial. Et ce, sans compter les soins médicaux… pour les salariés le coût de la vie devient de plus en plus insupportable. Les travailleurs ont leur mot à dire, et qu’on ne nous réponde pas par mille et un prétextes. C’est le cas lorsqu’on évoque la réforme fiscale et plus précisément l’instauration de l’impôt sur la fortune, on nous avance des tas de prétextes pour ne pas l’appliquer………la hogra c’est l’attitude qui consiste à demander aux plus pauvres de faire encore plus de sacrifices. Alors que les nantis sont encore plus à l’aise dans une situation de crise….

On demande toujours aux travailleurs de faire des sacrifices, de serrer la ceinture. Alors qu’on continue dans certains secteurs économiques de mener grand train. La loi de finances complémentaire prévoit l’achat de plusieurs milliers de véhicules de grand luxe pour l’usage de certains ; on mobilise des devises pour la rénovation de bureaux et autres conforts et on pénalise les travailleurs modestes. Il faut songer à arrêter le gaspillage et le parasitisme

Algérie Actualité No 13,51 5-11 Septembre 1991.

A.Benhamouda, sur les colonnes d’Alger Républicain du 30 Octobre 1991, continue son forcing et charge encore le gouvernement pour procurer un cadre serein et transparent de négociations avec avec tous les partenaires, et prévoit une crise imminente après les législatives. L’intégralité de l’interview est disponible pour consultation

 

Au cours de l’assemblée générale des sections syndicales de la wilaya d’Alger, A.Benhamouda s’indigne et accuse le FMI de tous les maux, il s’interroge sur le modèle économique prôné par l’état algérien et les négociations tenues secrètes avec le FMI. A.Benhamouda avertit que le prochain rendez-vous avec le gouvernement sera la rencontre de la dernière chance. Sur le ton du sarcasme, A.Benhamouda demanda aux travailleurs :

il ne faut plus dormir, les prix augmentent lorsque vous êtes en plein sommeil la nuit.

Il explique son mécontentement sur les colonnes du journal Alger Républicain du 13 novembre 1991.

(AlgerRepublicain13111991)

Première Tripartite

Du 18 au 22 Novembre 1991, la première réunion tripartie de l’histoire de l’Algérie s’est tenue entre le gouvernement, l’UGTA et les organisations des employeurs (UNEP, CAP, CGEA). Pour la première fois dans l’histoire du pays, les représentants de l’état, des organisations employeurs et l’UGTA, se sont réunis pour débattre et se concerter sur les questions économiques et sociales. Cette rencontre marquait une rupture avec les pratiques du passé et ouvrait la perspective de combler efficacement le déficit enregistré en termes de dialogue.

Cette rencontre a été minutieusement préparée par A.Benhamouda qui avait réuni auparavant ces organisations (UNEP, CAP, CGEA et l’UNPA) autour d’une plateforme commune d’action, par devoir patriotique, pour le redressement socio-économique et la préservation des valeurs démocratiques. Une déclaration a été rendue public et peut être consulté sur le fascicule rupture, préparé à l’époque par le département des affaires sociales du secrétariat national de l’UGTA (page 164).

Le texte intégral de la déclaration finale de cette tripartite peut être consulté ici. De nouveaux accords ont été conclus concernant les salaires qui allaient être portés a 3.000 DA au 1er Janvier 1992, ensuite à 3500 DA au 1er Juillet, ainsi que des mesures d’exonération d’impôt sur le revenu pour les seuils de salaires inférieurs à 3.800 DA/mois. Les autres points de l’accord peuvent être consultés dans le communiqué commun de la tripartite. ici.

Application des Décisions de Justice

En ce qui concerne la revendication de l’UGTA pour la stricte application des décisions de justice exécutoires au sujet de la réintégration de travailleurs licenciés, le Ministère du Travail fera comprendre aux employeurs, notamment les entreprises du secteur public, de la façon la plus stricte, la nécessité de l’application immédiate de ces décisions dans le respect des procédures en vigueur, sous peine de sanctions judiciaires.

Feu Mohamed Salah Mentouri, en charge du ministère du Travail et des Affaires Sociales, dans une interview accordée à l’hebdomadaire Algérie Actualité en Septembre 1991, à une question du journaliste concernant son appréciation de l’action de l’UGTA dans le cadre de consultations règlementaires, répondra sans hésiter :

l’UGTA demeure l’interlocuteur incontournable et privilégié du gouvernement dans le monde du travail. Elle a forcé l’admiration de l’opinion publique par ses prises de position fermes en faveur de la préservation du processus démocratique. Elle mérite également la considération de tous pour la pertinence et la justesse de ses visions concernant l’équilibre à observer entre les impératifs économiques et la nécessaire satisfaction des besoins sociaux.

En une année et quelques mois de son élection à la tête de la Centrale Syndicale, A.Benhamouda avait réussi à réaliser, dans les conditions les plus difficiles et les plus contraignantes sur tous les plans, ce que très peu de gens, sinon personne, n’auraient pu réaliser en une décennie de richesses et de paix. Il portait très bien son prénom, car dans tout ce qu’il entreprenait, il voulait instaurer la justice sociale.

Année 1992 : ‘l’UGTA tend la main en acceptant celle qui lui est tendue par tout patriote œuvrant sincèrement pour la renaissance nationale’.

Au lendemain des résultats du premier tour des législatives du 26 décembre 1991, l’UGTA est devenue le refuge des citoyens inquiets pour l’avenir de l’Algérie. La classe ouvrière, la société civile adhèrent au Comité National de Sauvegarde de l’Algérie pour la sauvegarde de l’outil de travail, de la démocratie et des libertés.

La démission de feu Chadli Bendjedid et l’arrêt du processus électoral crée une nouvelle donne qui désamorce quelque peu une situation socialement tendue.

Constatant la faillite des partis, l’UGTA réagit spontanément au désespoir de la société civile et par instinct de survie organise la résistance à l’écroulement du pays et dit non à l’ex FIS, non à l’économie de bazar, non à la fermeture des entreprises, non à la mise au chômage de milliers de travailleurs…

Elle devient vite un contrepouvoir et une force de proposition. Elle est au premier rang de toutes les initiatives républicaines.

Dans ce climat d‘incertitude et de trouble, d’horizons fermés, devant l’attentisme des partis politiques ; l’UGTA, désormais libérée des attaches partisanes, renforcée par la confiance des masses des travailleurs et de leurs familles en sa direction, prend le difficile pari de défendre les intérêts fondamentaux de la nation et du monde ouvrier.

Les résistances se font jour et se manifestent au niveau des sections syndicales infiltrées par l’ex FIS et le FLN. Tous ces derniers reprochent à A.Benhamouda de se positionner politiquement alors que son rôle doit se limiter aux revendications syndicales. Pour le contrer, le FFS organise une marche dans la capitale pour la poursuite du processus électoral.

La réponse de A.Benhamouda est celle présentée dans l’interview qu’il a accordé  au journal La Semaine du 07 au 13 janvier 1992 (Doc1). Il y expose ses griefs, ses analyses et ses propositions pour justifier sa position politique et syndicale : « il prend des initiatives et des responsabilités dans le cadre de sa mission » à la tête de la plus grande instance représentant les travailleurs.

En parallèle, il tarabuste le gouvernement qui a « failli dans sa mission d’organiser des élections propres et honnêtes » et lui demande « de reconnaitre et de déclarer publiquement son échec dans cette mission ; et qu’il sorte de son silence douteux » devant les retombées gravissimes sur le monde du travail.

Dans la foulée des rencontres prévues avec le Gouvernement Ghozali, une tripartite est organisée le 06 janvier 1992 et un accord est signé entre les différentes parties portant sur :

  • L’augmentation des allocations familiales ;
  • L’introduction d’une indemnité de salaire unique ;
  • Le relèvement des pensions de retraite ;
  • La réorganisation de la sécurité sociale.

Dans le même sillage, un autre accord est conclu entre l’UGTA et le ministère de la santé et des affaires sociales, dirigé par Feu Mohamed Salah Mentouri, le 11 janvier 1992. Il décidait du relèvement du SNMG et de la revalorisation des pensions et rentes de sécurité sociale.

A.Benhamouda ameute ses troupes pour le redressement de la situation vers le meilleur par la conjugaison des efforts de toutes les catégories du peuple et l’instauration de la confiance entre la base et le sommet, représenté par le défunt Mohamed Boudiaf président du Haut Comité d’Etat. Cette institution provisoire, installée pour combler le vide laissé suite la démission du défunt Président de la république Chadli Bendjedid, est secondée par un Conseil Consultatif assurant les missions législatives de l’Assemblée Nationale, dont le mandat arriva à terme.

La première sortie sur terrain du Président Mohamed Boudiaf, fraichement installé à la tête de l’état Algérien, sera pour la centrale syndicale à l’occasion du 24 février 1992, date symbole de la création de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures.

La salle des congrès était archicomble avant l’arrivée du Président Mohamed Boudiaf, qui sera reçu sur le perron de la maison du peuple par A.Benhamouda. Ils feront leur entrée sous les ovations et les applaudissements des syndicalistes tenant une large banderole indiquant PRESENT, telle que repris sur le journal Alger Républicain du 25 février 1992 (Doc 2).

Dans son discours A.Benhamouda fera un léger exposé sur la situation qui prévalait à ce moment dans le pays. « Pays dont les travailleurs ont été formatés par l’idéologie socialiste durant un quart de siècle et qui découvrent le libéralisme politique, économique et syndical » tout cela dans un climat d’abandon de la tutelle de l’état et de l’incursion du terrorisme islamiste, avec comme toile de fond l’incapacité des partis politiques de prendre la relève, car sans ancrage réel dans la société.

Les mots d’ordre scandés étaient : « UGTA dans la ligne du 1er Novembre 1954 », « l’UGTA œuvre pour la défense des droits matériels et moraux des travailleurs », « La relance économique = Soutien du secteur public et revalorisation du travail ».

A.Benhamouda déclara entre autre : « les travailleurs œuvrent dans le but de faire de l’Algérie un état fort et un état fort suppose un pouvoir fort, cependant il faut aussi un contrepouvoir fort, car sans cela c ‘est la dictature ; de même qu’un contrepouvoir fort et un état faible, c’est le désordre. Cet équilibre est nécessaire pour l’instauration de l’état de droit ».

Il conclura son intervention par un appel aux forces de la production :

Au travail afin de construire notre pays, l’UGTA est au service des travailleurs dans l’intérêt de la nation. Les travailleurs ne demandent pas de l’aide, ils refusent l’assistanat, mais revendiquent un état de droit fort. Et à l’appel du pays, l’UGTA et les travailleurs répondent présents pour le sacrifice comme leurs ainés en 1956 .

Le Président Mohamed Boudiaf prendra la parole sous les applaudissements de la salle, qui exprimait la joie des travailleurs à rencontrer un symbole du nationalisme et un initiateur de la révolution de Novembre 1954. Ce dernier déclarera : « l’UGTA est la pierre angulaire sur laquelle repose tout le devenir de la société », il dira « sa joie et son honneur de partager et de participer à cette double commémoration » qui dit-il « signifie avant tout la naissance du syndicalisme algérien. Un évènement important dans l’histoire du mouvement national et de la guerre de libération nationale ». Il appela à l’union des travailleurs de tous les secteurs, l’industrie et la paysannerie « le syndicat doit être associé à la définition des grands axes de la politique économique ». Il déclara aussi :’ pour la première fois de l’histoire de l’Algérie indépendante, le syndicat UGTA a été consulté dans l’élaboration d’un programme de relance économique. Nous œuvrerons pour que cette participation soit plus grande à l’avenir et l’État est prêt à inclure le syndicat dans toutes les démarches relatives à la gestion du pays qu’il entreprendra dorénavant ‘.

« Le peuple Algérien n’a aucune responsabilité dans la crise actuelle. C’est sa direction qui n’a pas su géré ses affaires ». Le Président Mohamed Boudiaf répond aux détracteurs de l’ex parti unique « la politique n’est le monopole d’aucun groupe », et il terminera par « notre porte c’est l’Algérie ».

Les quotidiens le Matin du 25 février 1992 et Horizons du 26 février 1992 en font leurs unes.

Le mécontentement populaire qui caractérisait cette période gagna en intensité suite au remaniement ministériel opéré dans le Gouvernement de Ghozali, qui voit l’entrée de deux islamistes de l’ex FIS. A.Benhamouda réagit et avertit, tel que repris dans les colonnes du journal le Quotidien d’Algérie 25 février 1992 :

l’Union Générale de Travailleurs Algériens (UGTA), sans réagir ouvertement au nouveau remaniement gouvernemental, plaide pour une ‘rupture’ avec les politiques, les pratiques, les comportements et les mentalités du passé ainsi qu’avec certains hommes du passé. A ce propos, dira le secrétaire général dans un entretien au quotidien Le Matin publié lundi (24 février 1992), ‘si, d’aventure, on venait de choisir d’apporter ici et là quelques retouches superficielles aux lieu et place des changements radicaux et des décisions courageuses attendues, alors on aura pris quelque part la responsabilité d’effacer les quelques signes annonciateurs d’une confiance retrouvée’ .

Les solutions de sortie de crise que proposa A.Benhamouda quelques semaines auparavant, reprises dans les colonnes du quotidien Alger Républicain du 3 février 1992 (doc5), sont toujours d’actualité et constituent une analyse pertinente de la scène algérienne.

Dans ce bouillonnement, les initiatives et les opportunismes foisonnent ; des comités sont créés au jour le jour :

  • Le comité pour l’unité et la réconciliation nationale, qui avorta avant même d’exister;
  • Le rassemblement national proposé par Feu Ali Kafi (leSoirdAlgerie) ;

Au milieu de ces bouleversements, le gouvernement consent quelques aides aux bas revenus, couches les plus défavorisées (Doc8QuotidiendAlgerie), initiative qui fait sortir A.Benhamouda de son calme « on ne veut pas d’aumône, on veut des droits ».

L’intermède du FIS finit par la dissolution du parti intégriste, A.Benhamouda retourne aux sources de son travail, le syndicat. Le nouveau gouvernement est installé et son plan d’action est connu à travers les journaux. A.Benhamouda préfère temporiser et s’interdit tout commentaire, il veut juger sur le terrain. Il vous est proposé l’intégralité de l’entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire Algérie Actualité du 26 mars au 1 Avril 1992, dans lequel il aborde la nature de la relation de son organisation avec le gouvernement, le débat sur la privatisation, la tripartite et sa proposition d’y associer les institutions financières avec la création d’un conseil économique et social.

Dans le prolongement de son action, dans cette situation exceptionnelle, A.Benhamouda réunit une session extraordinaire du secrétariat national pour l’étude et la prise de position suite à la mise en œuvre de la politique sociale du gouvernement. L’UGTA hausse le ton dans sa déclaration du 26 Avril 1992, il vous est proposé d’en lire les lignes principales, reprises dans l’article du Moudjahid du lendemain:

  • Elle appuie l’assainissement du secteur public, les investissements étrangers productifs et le secteur privé créateur de richesses ;
  • Elle rappelle les positions de principe qui n’empêchent pas le réalisme et la nécessité d’être prise en considération dans ses revendications ;
  • Elle considère les mesures prises très éloignées des accords conclus avec le gouvernement ;
  • Elle rejette les arrangements sur le dos des travailleurs ;
  • Elle explique sa position comme ni dogmatique ni idéologique ;
  • Elle est pour des changements radicaux dans tous les domaines ;
  • Elle refuse le désengagement de l’état dans les secteurs vitaux et sensibles qui aggravera les inégalités et les injustices sociales ;
  • Elle rappelle qu’elle apportera toujours sa contribution au redressement national pour la justice sociale et la dignité.

Dans cette conjoncture difficile, d’équilibre fragile et de confrontation, la Fédération Nationale des Travailleurs de l’Education (FNTE), fraîchement créée, appelle à une grève de plusieurs jours pour forcer le gouvernement à concéder des augmentations salariales. Pour éviter que des éléments de l’ex SIT ne poussent au dérapage, A.Benhamouda intervint pour stopper la contestation, et l’éloigner des manipulations partisanes, qui peuvent aller à l’encontre des objectifs de l’UGTA. Voir interview accordée au journal El Watan du 14 Mai 1992.

Dans les établissements scolaires et les universités, l’agitation islamiste battait son plein et les meneurs tentaient d’empêcher la tenue des examens. Un grand malaise régnait et des protestations s’organisèrent ici et là dans les campus. Des affrontements sont signalés à Constantine, Blida…. La confusion régnait sur la situation sécuritaire avec la multiplication des attentats terroristes et les assassinats de policiers et gendarmes. Et c’est dans ce climat que se déroulèrent les examens de fin d’année. Ces derniers entachés de fuites énormes de sujets qui apparurent la veille de la tenue des épreuves du Baccalauréat ajoutèrent au déséquilibre d’une catégorie de jeunes sans repères.

Le paroxysme des troubles fut atteint lors de l’assassinat du Président Mohamed Boudiaf le 29 Juin 1992. A.Benhamouda livra ses impressions sur cet assassinat sur les colonnes du quotidien Nation (Doc 12) et la veille de la tripartite du 8 juillet 1992 sur les colonnes du journal Opinion.

Dans ce climat de démoralisation généralisée et de peurs diverses se tient la réunion de la commission exécutive fédérale de la fédération bois et bâtiment, l’occasion pour A.Benhamouda d’annoncer la couleur et de dresser un constat alarmant à la direction du HCE. Il interpelle le gouvernement : « Il faut faire vite, nous avons perdu beaucoup de temps ; Le rééchelonnement de la dette doit passer par des discussions politiques et techniques » propos recueillis sur les colonnes d’Alger Républicain du 8 juillet 1992.

Il demanda également la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la politique de restructuration menée durant la décennie quatre-vingt, cette commission aurait pour missions de faire toute la lumière sur les origines et les causes réelles de l’effondrement économique, financier, social et culturel du pays et d’identifier les responsables directs de cette situation. Les propos de A.Benhamouda ont été repris sur les colonnes du quotidien Liberté du 08 juillet 1992 et de l’Observateur semaine du 5 au 12 Août 1992.

Lors de la tripartie tenue le 9 juillet 1992, A.Benhamouda demanda des éclaircissements sur la loi de finances complémentaire et les accords conclus avec le FMI. Il précisera que les Algériens vivent divers types de crises : « crise de logement, crise de confiance, crise de conscience, crise économique, crise sécuritaire mais la crise mère que personne ne décèle c’est la crise du changement. Il faut un changement radical avec le passé ».

A.Benhamouda durcit et élève le ton à l’avènement de Belaid Abdesselam à la tête du gouvernement, dans une déclaration au journal Liberté du 22 juillet 1992, il indique la voie à suivre :

  • Demande que la vérité soit faite sur l’assassinat du Président Boudiaf ;
  • Demande une rupture totale avec les hommes et les méthodes du passé ;
  • Demande une révolution fiscale, en introduisant l’impôt sur la fortune ;
  • Demande la création d’un fonds national pour la formation et l’emploi des jeunes ;
  • Demande la mise sur pied d’un pacte social.

Etant la première organisation à faire entendre sa voix lors de la nomination du nouveau gouvernement, son secrétaire général A.Benhamouda sera la première personnalité à être reçue par le nouveau Président du HCE. L’UGTA est ainsi confortée dans sa place de premier interlocuteur représentant la voix des travailleurs et d’une grande partie de la société civile.

Ayant pris ses distances avec le Gouvernement Ghozali et refusant de rencontrer des représentants du FMI, A.Benhamouda explique sa positon et exige des actes concrets et efficaces pour résoudre la crise sur les plans politique et économique. Il exige la transparence dans la lutte contre la corruption et le détournement des biens publics, ainsi que la lutte contre toute forme de gaspillage organisé et contre les privilèges, ainsi que l’allègement fiscal sur les bas revenus. Algérie Actualité du 6 au 12 Aout résume le contenu de ces revendications.

Pour mettre fin au marasme dans lequel se débattait une partie des travailleurs et leurs familles, A.Benhamouda exigea comme acte immédiat et pour prouver la bonne volonté du gouvernement :

  • Le versement immédiat des salaires impayés ;
  • L’approvisionnement et le financement des entreprises publiques (l’état devait assainir ses dettes détenues par ces entreprises) ;
  • Règlement des conflits sociaux (licenciements abusifs) ;
  • Introduction de nouveaux billets de banque (lutte contre le marché informel) ;
  • Création d’entreprises de transformation de produits semi-finis (réduire la facture d’importation des produits finis) ;

El Khabar du 6 septembre 1992 revient sur une partie des revendications.

A la veille de la réunion de la commission exécutive nationale de l’UGTA, le gouvernement et l’UGTA se retrouvèrent pour finaliser l’accord du 21 septembre 1992 et mettre en place les mécanismes de suivi de ses décisions. C’est ainsi que les banques, participant pour la première fois aux pourparlers Gouvernement /UGTA, présentaient la situation financière des entreprises concernées par le plan de privatisation.

Au sortir de cette rencontre, en réponse aux voix accusant l’UGTA d’être au service du pouvoir, A.Benhamouda précisa que l’UGTA a signé un accord de travail et pas un chèque en blanc avec le gouvernement et que l’UGTA est déterminée à exercer des pressions pour la réalisation et l’application du programme proposé par le gouvernement. Des oppositions vont voir le jour car ce programme s’attaque à des privilèges et à de gros intérêts.

L’UGTA, insiste A.Benhamouda, est un partenaire politique incontournable et elle veut avoir droit au chapitre. Il souligne tout cela lors d’une rencontre avec le journal El Watan le 29 septembre 1992.

Par ailleurs, il précisa que le débat politique ne pouvait être abordé avec sérénité que lorsque le travailleur en général parviendra à nourrir et vêtir convenablement sa famille. Pour atteindre ce stade l’UGTA ne se contentera pas d’une attitude attentiste, elle entend agir et non pas réagir.

La réunion de la CEN de l’UGTA qui s’est tenue à Oran les 6 et 7 Octobre 1992, a débattu d’une stratégie face à la phase critique que traverse le pays. En plus des revendications socioprofessionnelles, elle fait siennes les revendications socio-économiques, jusque-là chasse gardée des politiques. Le quotidien El Moudjahid du 8 octobre de la même année revient sur les conclusions de ladite rencontre, en plus d’une interview de A.Benhamouda.

Pour l’UGTA sous la houlette de A.Benhamouda, le pluralisme syndical est une nouvelle donnée qui requiert une attention particulière. Or, son émergence a été le révélateur d’une instrumentalisation politicienne afin de déstabiliser l’état et de prendre le pouvoir par la force et le terrorisme. L’UGTA ne rejette pas le pluralisme syndical. Elle ne le craint pas car il pourrait constituer un facteur stimulant et dynamisant dans un cadre de saine compétition. Pour cela les autorités doivent faire preuve de vigilance. Nous rappelons que sans l’intervention de l’UGTA et alors que le pays était soumis à rude épreuve, le SIT allait être légalement reconnu en décembre 1991 par des relais conscients ou manipulés agissant dans l’administration publique. Le pays, les travailleurs ont besoin d’une UGTA rassembleuse, démocratique et puissante pour les servir.

Pour porter la voix des travailleurs haut et fort, il fera le point sur le travail de certains journalistes de la télévision nationale et il dénonce leur parti pris, leur partialité et leurs manipulations. Dans son entretien accordé à l’Hebdo Libéré du 21 au 27 Octobre 1992 (Doc22), il aborde le sujet sous le titre « l’ENTV pose problème ». Il dira en substance que la TV est comme un Airbus. Or on ne confie pas un avion à un équipage pour faire de l’apprentissage. Sept millions d’analphabètes ne regardent que la télé algérienne, son impact est plus grand que la presse écrite. Il estime que la libéralisation du secteur de l’information s’est opérée de manière brutale pour conduire à des situations d’une extrême gravité. Appuyée par des ressources publiques et la confiscation d’un important patrimoine national, elle aura constitué une base formidable tournée vers la déstabilisation du pays. L’UGTA estime que la télévision et la radio sont dans l’incapacité de contribuer efficacement au profond changement et aux grandes transformations nationales démocratiques pour l’accomplissement de leurs missions au service exclusif de l’intérêt national.

Le dernier accord avec le gouvernement eut lieu en décembre 1992, il concerna l’assainissement et le payement des salaires des entreprises du BTPH, mesures touchant 350,000 travailleurs.

Durant cette année, plusieurs lois ont été amendées en faveur des travailleurs et d’autres abrogées. Plusieurs études ont été réalisées pour améliorer les teneurs des négociations et des revendications. Tout cela est consigné dans le rapport moral d’activité du 8ème mandat, disponible dans la rubrique références.

Comme il a été constaté, A.Benhamouda commença son premier mandat à la tête de la centrale syndicale dans une conjoncture très particulière caractérisée par l’absence de l’état détenu par l’appareil d’un FLN laminé lors des municipales de 1989. Il ne restait sur le terrain que le pouvoir. A.Benhamouda fit face à l’anarchie et l’hégémonie de l’ex FIS par l’engagement syndical, un patriotisme viscéral et une ténacité hors du commun. Face à la réconciliation que prônaient ceux qui pensaient à leurs intérêts, il incitait les travailleurs à défendre leur outil de travail, les institutions et les installations économiques.

Pour parier au vide laissé par les élus FIS, A.Benhamouda appela et participa à la création des Délégués Exécutifs Communaux par l’engagement de syndicalistes volontaires qui payèrent de leurs vies le prix leur engagement. Il aida à la mise sur pied d’une assemblée pour légiférer et combler l’absence d’institution parlementaire, plusieurs syndicalistes firent partie du Conseil National de Transition.

Convoitée, l’UGTA reçoit de nombreux coups de toutes parts. A.Benhamouda répond à ses détracteurs et déclare que l’UGTA fera de la politique sans aucun complexe. Seulement l’UGTA ne se mettra à aucun moment au service d’aucune formation politique, ni d’aucune idéologie, ni d’un pouvoir quelconque. Elle a joué et continuera de jouer un rôle déterminant dans la bataille pour la justice sociale et la protection de l’économie nationale ; dans la défense de l’Algérie, de son unité, de sa stabilité et de sa dignité.

1993 : « Notre Attitude n’est pas dogmatique. Elle part du principe que nous avons, dans notre pays, les moyens de recourir à tout cela ».

La fin de l’année 1992, l’Algérie vivait au rythme des attentats meurtriers et des assassinats sanglants. Cinq mois après la mort du Président Boudiaf, A.Benhamouda est la deuxième personnalité à être la cible des terroristes qui l’attendaient le matin du premier décembre 1992 au bas de son domicile à Jolie Vue, Kouba. Accompagné de sa famille, chacun allant vers ses occupations, il sera la cible de plusieurs balles qui heureusement ce jour-là ne l’atteignirent pas mais lui causèrent quelques égratignures et des dégâts à la voiture. D’autres personnalités n’auront pas la chance, comme lui, d’échapper à l’hydre terroriste qui ne les ratera pas, tels Sanhadri, Liabes, Boukhobza…. Une vie de semi-clandestinité commença alors pour A.Benhamouda et sa famille; situation qui le renforcera encore pour la continuation du combat et la défense de la nation algérienne.

Dans ces conditions d’instabilité et d’insécurité, le lendemain de cette tentative d’assassinat ratée, A.Benhamouda se dirigea vers Tunis pour porter la voix de l’Algérie auprès de ses camarades Maghrébins réunis en congrès de l’USTMA au cours duquel il sera élu par ses pairs, Président de l’Organisation. L’appui des représentants syndicalistes du Maghreb à leurs camarades Algériens prend forme et commence à se concrétiser sous plusieurs aspects, entre autres être leur porte voix sur le plan international pour la défense de leurs droits face aux politiques et instituions internationales (voir rubrique internationale).

La crise économique s’amplifie dans le pays qui sombre dans un tourbillon de violence inouïe et d’impasse politique.

Pacte Social National

A.Benhamouda répond à l’appel du Gouvernement Belaid Abdesselam et à son invitation à « l’élaboration d’un pacte social national pour mobiliser les forces productives du pays autour de l’œuvre de reconstruction ».

L’UGTA, fidèle aux idéaux de Novembre 1954 dans le processus de lutte pour la dignité, la justice et les droits des populations faibles, pour la reconstruction et la libération économique et sociale, pour soutenir l’effort patriotique de sortie de crise, adhèrera fortement au débat à venir et apportera sa contribution, car ayant déjà formulé le principe du pacte social. Elle exposera sa vision et son expérience, ses préoccupations et le projet de société voulu par les travailleurs. Forte de son expérience, l’UGTA posera ses conditions à toute participation préalable par le respect de principes non négociables. Ces derniers fourniront la base des orientations et des objectifs économiques, sociaux, culturels et démocratiques d’où découleront les tâches à accomplir sur le terrain par toutes les parties concernées.

Le cinq février 1993, l’UGTA présente une mouture de ces propositions pour l’élaboration d’un pacte social, le document en question peut être consulté sur ce lien (PROPACTESOCIAL).

Les principaux axes du pacte proposé

ci-après quelques propositions émergentes :

  1. L’Axe Economique 

Les réformes sans stratégie ont déstabilisé la planification antérieure et liquidé l’entreprise algérienne. Elles doivent s’adapter aux nouvelles réalités internationales tout en prenant en compte la planification sur le long et le moyen termes, pour cela l’UGTA propose :

  • L’aménagement d’une transition de cinq ans qui prépare les entreprises et les hommes à l’économie de marché ;
  • La détermination et la planification des objectifs ;
  • La refonte du cadre organisationnel et juridique ;
  • L’assainissement financier des entreprises ;
  • Le recouvrement des créances ;
  • Le règlement des litiges ;
  • Concertation dans l’établissement des plans de redressement ;
  • La formation à la gestion moderne ;
  • Le soutien des producteurs à l’exportation ;
  • La création de PME ;
  • L’Orientation et information de et vers les opérateurs industriels nationaux et étrangers ;
  • L’allègement des dettes fiscales et parafiscales ;

L’UGTA soutiendra le secteur privé productif créateur d’emplois et combattra les activités parasitaires. L’adoption des instruments des différents codes à intervenir : fiscal, commercial, d’investissement ne se fera qu’avec l’assentiment de toutes les parties sans aucune pression interne ou externe.

  1. L’Axe Social

Il se taille la part du lion dans le document présenté par l’UGTA. La politique sociale doit viser l’égalité en droits comme en devoirs, l’amélioration des conditions de vie, de travail, la lutte contre l’injustice, les passe-droits, la corruption et le gaspillage…

  • La préservation de l‘emploi et la formation ;
  • L’équité dans le payement des coûts des ajustements de la politique économique, par toutes les catégories sociales : l’Impôt sur la Fortune, l’Evasion Fiscale et le Contrôle des Prix ;
  • La proposition d’une échelle mobile des salaires ;
  • La révision du cadre général des relations de travail (modification des lois, conventions collectives…) ;
  • La création de cellules ‘Relations de Travail’ au niveau des ministères pour la résolution des conflits ;
  • L’instauration d’une justice égale pour tous ;
  • La mise en place de mesures de redressement pour la médecine du travail ;
  • La prise en charge des risques et des maladies professionnels.

A.Benhamouda portait une attention particulière à la sécurité sociale, c’est l’expression de la solidarité des travailleurs pour faire face à la maladie, l’accident, la disparition des ressources…mais les organismes de la sécurité sociale ont été dépouillé de leur patrimoine et leurs caisses transformées en établissements publics a caractère administratif. L’UGTA prône :

  • La prise en charge par l’État du déséquilibre financier durant la transition ;
  • La création d’une caisse spécifique pour les non-salariés ;
  • L’assurance volontaire du secteur agricole ;
  • L’indemnisation du patrimoine de la sécurité sociale pris par l’état ;
  • La récupération de la sécurité sociale du reste du patrimoine ;
  • La contractualisation des rapports sécurité sociale / système de santé ;
  • La création d’une caisse d’assurance chômage gérée par la sécurité sociale ;
  • Les instruments d’application et de gestion seront les organisations syndicales, l’inspection de travail et la justice du travail ;
  • La refonte totale des statuts de la chambre nationale du commerce et sa démocratisation ;
  • La dissolution des fonds de participations ;
  • La refonte de toute la législation et la réglementation des réformes sous l’égide d’une commission tripartite ;

Pour le logement social : l’UGTA suggère la création d’une coopérative immobilière car le mécontentement populaire peut menacer la cohésion sociale. Programme de cent mille logements par an et financé par des prélèvements sur le fonds des œuvres sociales et des fonds d’actions sanitaires de la CNASAT ;

Les catégories vulnérables : les problèmes de la femme et la jeunesse sont une urgence à régler (emploi, santé…).

  1. Les Grands Dossiers

Pour A.Benhamouda et l’UGTA quatre grands dossiers sont à étudier ultérieurement : la culture, l’éducation nationale, le statut de la fonction publique et les objectifs des plans.

En conclusion, l’objectif de ce pacte doit être la renaissance nationale par l’engagement et l’action sur le terrain, il soulève d’emblée comme axe stratégique le choix des hommes.

Non au projet obscurantiste

En parallèle, devant le fatalisme et le défaitisme de certains partis politiques et l’appel de certains au retour à la période des législatives de décembre 1991, A.Benhamouda prend le devant de la scène et les rênes de l’action, Il lance un appel à tous les travailleurs, à tous les patriotes et tous ceux épris de liberté pour répondre d’une seule voix aux terroristes, à leurs commanditaires et leurs porte-voix au sein de la classe politique et dire non au projet obscurantiste. Une marche est alors organisée le 22 mars 1993. Elle draina à travers la capitale des centaines de milliers de personnes qui, par leur adhésion au mot d’ordre de l’UGTA, prouvent au monde entier leur rejet de l’intégrisme.

Pressions sur le Gouvernement

Se battant sur tous les fronts A.Benhamouda convient d’une rencontre de travail UGTA / Gouvernement le 28 Mars. Les dossiers examinés lors de cette rencontre s’articulent autour de six grands axes :

  • Le pouvoir d’achat et les salaires ;
  • La préservation de l’emploi ;
  • L’encadrement juridique des relations de travail ;
  • La réforme de l’administration publique et le statut de la fonction publique (l’administration ne doit pas être un frein au développement économique en étant assujettie à un clan politique et le fonctionnaire sur la sellette à chaque changement de gouvernement) ;
  • La protection sociale.

L’UGTA réitère sa demande de création de caisse d’assurance chômage.

Pour contrer les prix fluctuants et éviter l’inflation, l’UGTA privilégie l’échelle mobile des salaires et pose le problème aux multiples difficultés à résoudre : l’emploi des jeunes. Pour l’organisation syndicale, il s’agira de répondre à l’angoisse des jeunes en les insérant dans le monde du travail pour la cohésion sociale d’une catégorie fragilisée par le chômage et l’oisiveté.

Au cours de cette réunion il fut retenu un processus de regroupement autour de SONATRACH des entreprises intervenant dans le domaine des hydrocarbures.

Dans l’ensemble, les propositions contenues dans le document du « pacte social » sont remises sur la table lors de ces rencontres préparatoires. Les groupes de travail mis sur pied pour assainir le climat du monde du travail et se réunissant pendant plus de trois mois étaient prêts à remettre leurs conclusions.

La sixième session de la Commission Exécutive Nationale de l’UGTA se tient le 12 et 13 juillet 1993. Les débats qui eurent lieu pendant ces deux jours permirent aux représentants syndicaux de se prononcer sur un projet de plateforme à rendre public et préparer l’installation d’une commission mixte (Gouvernement/UGTA) pour l’étude des dossiers préparés lors des rencontres précédentes.

Un changement de Gouvernement intervient. Il met un terme aux négociations entamées précédemment et remet les pendules à zéro. Le 21 aout 1993, Mr Réda Malek remplace Mr Belaid Abdeslam à la tête de l’Exécutif. Les interlocuteurs de l’UGTA changent et une période de flottement repousse l’avancement des travaux et la normalisation de la situation politique.

Une situation politique faite de rupture subite et de soubresauts néfastes au retour rapide à la légalité institutionnelle.

 

 

 

 

A.Benhamouda dit non au dictat du FMI

Lors d’une session extraordinaire du Secrétariat National de l’UGTA, dans une lettre datée du 21 décembre 1993 (consulter le bilan moral du 8ème mandat, p15), la Centrale Syndicale propose au Gouvernement l’étude de quatre dossiers :

  1. Sur le plan salarial :
    • Remplacer le SMA de 3500DA par un SNMG à 4000DA,
    • Revalorisation des pensions de retraite à 75% du SNMG ;
  2. La régulation, le contrôle des produits de la large consommation et la finalisation de l’étude sur l’assainissement des EPL ;
  3. Le statut de la fonction publique et l’harmonisation du point indiciaire ;
  4. La protection sociale : allocation familiale, CNAC, CASNOS, caisse pour agriculteurs, récupération de l’argent des œuvres sociales.

Tous ces points faisaient partie des thèmes étudiés du temps du Gouvernement précédent et auxquels s’ajoute le reprofilage de la dette. Les négociations dans ce cadre tenues avec le FMI se sont faites sans aucune concertation du partenaire social.

Le rendez-vous exigé par A.Benhamouda dans sa correspondance était précédé par plusieurs séries de contact pour préparer le terrain à la rencontre officielle. La Centrale Syndicale, tout en voulant éviter une explosion sociale, ne cède pas sur ses positions en ce qui concerne ses revendications. Quant au rééchelonnement de la dette, A.Benhamouda transmet au Gouvernement une batterie de recommandations à ne pas négliger lors des négociations et prévient : « face aux conditionnalités contraignantes du FMI, ne pas plier et hypothéquer l’avenir du pays et ériger le FMI en gendarme de l’Algérie ». Il conclut son constat en dénonçant « la défaillance et la démission quasi totale de l’État devant la dégradation insoutenable et intolérable de la situation sociale des travailleurs, les hausses scandaleuses des prix, les pénuries répétées des produits de première nécessité, l’anarchie généralisée au niveau du marché et l’aggravation du taux de chômage ». (AlgeRepublicain261293)

A.Benhamouda déclare son organisation toute fois disposée à « étudier toute proposition sérieuse de recherche de solutions fiables pour la réorganisation et la relance économique…l’UGTA attend des réponses précises à des questions précises ». L’UGTA exige du gouvernement qu’il rende public son programme qui pourrait être source pour la recherche de solutions :

  • Pour pouvoir négocier avec le FMI ;
  • Pour limiter les dégâts de la cessation de payement ;
  • Pour expliquer aux travailleurs les raisons des sacrifices à supporter.

 

 

 

 

 

Il est injuste d’accorder à quinze personnes* et d’en priver des millions de travailleurs pour exprimer leurs opinons sur leur devenir.

Parallèlement au travail purement revendicatif, l’UGTA de A.Benhamouda continue de participer à la recherche d’une solution à la crise politique dans laquelle le pays était empêtré. La situation politique recommandait l’urgence de mettre fin à la période de transition et de rétablir l’autorité de l’État par la tenue d’élections. Pour cela, le Haut Comité de l’Etat installe une commission de dialogue national (CDN) afin de recueillir les suggestions et les revendications des différents partis et organisations en vue d’un consensus de sortie de crise. La CDN rend public un projet de plateforme portant dialogue national en vue de son enrichissement.

A.Benhamouda conditionne la participation de l’UGTA à toute action nationale par l’exclusion de tous ceux qui prônent ou exercent la violence et le terrorisme pour arriver au pouvoir et « refuse aux anciens du système de poser des conditions » (ElWatan261293).

En tant que représentant de plus de quatre millions de travailleurs avec leurs familles, l’UGTA est l’interlocuteur politique numéro un du pouvoir qui lui fait « les yeux doux et va presque jusqu’à dérouler le tapis sous les pieds de Benhamouda afin que ce dernier apporte sa caution nette et claire au dialogue et surtout à la Conférence Nationale » (Liberte261293)

Pour l’UGTA, la finalité de la tenue de cette conférence doit être la restitution de la crédibilité aux institutions. Quant aux critères de participation, ils se résument en la rupture avec les hommes, les pratiques et le système du passé. L’UGTA de A.Benhamouda propose :

Sur le plan institutionnel :

  • Le Haut Comité d’Etat peut être renforcé en nombre s’il en est besoin, le principal reste l’efficacité, la coordination et l’entente. La participation de toutes parties pouvant être un élément de solution pour la sortie de crise dans un cadre républicain, démocratique, respectant les libertés individuelles. La période de transition ne doit pas durer plus de trois ans.

Sur le plan économique :

  • La définition du modèle social et économique à suivre ;
  • L’énumération des mesures d’accompagnement pour l’entrée dans l’économie de marché ;
  • La définition de la place du secteur public ;
  • L’assainissement matériel et financier des entreprises ;
  • La création de pôles industriels ;
  • La révision de la législation économique et sociale ;
  • La définition du secteur privé et les facilités d’investissements ;
  • La définition du rôle du capital étranger dans l’investissement ;
  • Le côté social doit être pris en compte dans toute action économique ;

 

 

Lancement des Préparatifs du 9ème Congrès

Au sein de l’UGTA, et sur le plan organique, les travaux se succèdent à un rythme rapide et continu malgré les contretemps dus à la situation sécuritaire et la limitation des libertés de déplacement et de réunion. Ainsi de grands efforts sont déployés pour la préparation du 9ème congrès qui se tiendra la fin de l’année 1994, sous le sigle du renouveau et de l’unité avec la rupture totale et définitive d’avec les mentalités passéistes.

Ce congrès doit asseoir la place de l’UGTA sur la scène socioéconomique nationale afin de consolider son parcours. Une commission de préparation du congrès est mise sur pied avec trois axes essentiels à débattre : économique, social, loi organique et règlement intérieur.

Des rencontres, des séminaires régionaux, des renouvellements de sections syndicales et d’unions de wilayas se déroulent normalement ; avec une particularité sur le plan vertical par la création des fédérations dans tous les secteurs d’activités avec comme point d’orgue la fédération des retraités, que A.Benhamouda voulait comme reconnaissance à ses ainés qui l’ont précédé dans le combat pour la dignité des travailleurs.

La fin de l’année 1993 est tragique pour A.Benhamouda, elle témoigna du lâche assassinat de son frère ainé le Moudjahid Mohamed et son cousin Azzedine dans la laiterie familiale à Constantine.

Début 94, Confrontation UGTA/Gouvernement…

L’année 1994 s’annonçait tumultueuse pour les travailleurs algériens, et leur secrétaire général. Durant cette dernière année de son 1er mandat à la tête de l’UGTA, A. Benhamouda allait, encore une fois, se retrouver sur plusieurs plans ; politique et social.  A la veille de la Conférence Nationale certains estimaient que le SG de l’UGTA faisait trop de politique, lui reprochant ses intransigeantes prises de positions éradicatrices. Beaucoup redoutaient la fin de son mandat ; allait-il se présenter pour un deuxième ? ou bien, et surtout, allait-il quitter le syndicalisme pour s’investir totalement dans la politique. Cette appréhension était d’autant plus grande que A. Benhamouda bénéficiait à coup sûr du soutien des grands pôles industriels, et de la quasi-majorité de la base syndicale. Perspectives dramatique pour les rentiers de la centrale, et les nostalgiques de l’article 120. (Liberté 03 Janvier 1994)

 

Benhamouda parlait ouvertement de manœuvres visant à déstabiliser l’UGTA

certains partis s’attaquent continuellement à l’UGTA et à Benhamouda en particulier. Ils disent, par journaux interposés, que Benhamouda a dévié l’UGTA de sa voie, qu’il fait beaucoup de politique … Je réponds en disant qu’à l’UGTA, on ne peut pas voir des usines, des établissements scolaires, des moyens de transport, bruler et applaudir, ça c’est l’outil de travail et donc des postes de travail qui s’en vont en fumée ; la déviation, ça serait de se taire et d’accepter cela. 

A. Benhamouda expliquait ainsi qu’au moment où des gens se taisaient ou justifiaient le sabotage économique, la centrale syndicale jugeait de son devoir d’expliquer aux travailleurs la gravité de la situation et de les sensibiliser (Le Matin 29/04/94).

 Par les prises de position l’UGTA attaque indirectement pas mal de partis qui, eux, sont en train de justifier le sabotage économique. Nos attaques mettent ces gens dans le banc des accusés, alors ils veulent renverser les rôles en m’accusant de faire de la politique. Je ne suis pas un politicard comme certains, ceux qui profitent de la situation. Moi, je ne tire pas les ficelles, je ne profite pas de la situation, au contraire j’assume, je subis et je paye la facture… l’UGTA reste une force réelle qui influe sur le cours des évènements dans le pays. Si l’UGTA faisait de la politique politicienne, elle ne serait pas arrivée à augmenter le SNMG cinq fois, elle n’aurait pas réussi à augmenter les allocations familiales de 500%. Il faut dire aussi que nous avons révisé et augmenter pas mal d’indemnités, nous en avons créé de nouvelles : salaire unique, prime de la femme au foyer… nous avons récupéré la sécurité sociale, la caisse de retraite, nous avons créé la caisse de la retraite anticipée, l’assurance chômage… Si c’est cela faire de la politique, alors oui nous faisons de la politique… » Le Matin 29/04/94.

1994 débuta avec une rencontre UGTA- Gouvernement Redha Malek, une semaine après l’adoption par le conseil des ministres de la loi de finances pour l’année 1994 et à la veille des négociations avec le FMI sur le profilage multilatéral. l’UGTA avait durci le ton en remettant sur le tapis ses principales revendications. Dans une déclaration rendue publique le 21 Décembre 1993 le secrétariat general de l’UGTA avait précisé que la Centrale se positionnait contre tout ce qui pouvait conduire au rééchelonnement, « même sous couvert d’appellations, de concepts et de formules visant les mêmes objectifs ». (Liberté 03 Janvier 1994). Dans une interview accordée au quotidien arabe El-Massa, A. Benhamouda avait indiqué que les discussions avec les institutions internationales devaient avoir lieu avec un « négociateur algérien qui ait le soutien du peuple », et faisait part de son refus d’un dialogue débouchant sur « l’hypothèque de l’avenir du pays ».

Huit heures et demie de négociations entre le gouvernement et l’UGTA n’aboutirent à aucun résultat concret, hormis les quelques petites concessions du gouvernement en direction des travailleurs du secteur de l’éducation prévenant ainsi une grève illimitée. Le désaccord sur les autres dossiers en litige restait total. RT 10/01/94

Pour preuve, le communiqué publié le lendemain par le secrétariat national de l’UGTA, ne laissait aucune équivoque et s’annonçait comme un véritable ultimatum, accordant au gouvernement « un délai ne dépassant pas le 15 Janvier pour une réponse effective et précise à l’ensemble des revendications… ».

Ces revendications étaient claires, avec explications et arguments à l’appui :

  1. Relèvement du SNMG de 2500 à 4000 DA.
  2. Création d’une caisse d’allocation chômage.
  3. Approvisionnement régulier en produits de large consommation et stabilité de leur prix.
  4. Préservation de l’emploi.
  5. Prise en charge du dossier EPL.
  6. Retraite proportionnelle.
  7. Prise en charge des revendications des travailleurs de l’éducation.
  8. Révision du statut de la Fonction publique.
  9. Réorganisation de l’économie nationale et maitrise des dépenses en devise fortes.
  10. Soutien au secteur BTP pour résorber le chômage et réalisation du logement social.
  11. Versement de la quote-part de l’Etat due à la Caisse de sécurité Sociale.
  12. Engagement de l’Etat à verser les arriérés des montants des œuvres sociales, soit 2000 milliards de centimes.
  13. Engagement de l’état à appliquer une politique dissuasive de lutte contre l’évasion fiscale, et bien d’autres revendications, telle la question des vexations et de l’arbitraire dont sont victimes les cadres syndicaux dans certaines entreprises et administrations.

La Centrale s’attendait à des réponses précises et claires à toutes ces revendications, étant donné que la plate-forme avait préalablement été adressée au gouvernement « disposant » d’un délai suffisant pour y donner suite. Ce dernier était venu avec des réponses générales exprimant uniquement sa disponibilité à discuter toutes les questions posées et à créer, à cet effet, des groupes de travail.

Surpris par l’issue de la rencontre, A. Benhamouda ne manqua pas de montrer son étonnement au chef du gouvernement, et cela dans les termes les plus fermes :

 … non seulement vous êtes incapables de contrôler le marché ; le sucre, la semoule, l’huile et le lait importés, face à la contrebande aux frontières. Non seulement vous fermez l’œil devant le privé qui ne paie pas ses impôts, vous comptez augmenter les prix et vous voulez que nous restions silencieux et inactifs ! Pour votre gouverne, sachez que nombre de secteurs vont incessamment réclamer une augmentation des salaires et ce, bien avant votre annonce d’augmentation des prix ! Si vous augmentez les prix, la demande d’augmentation des salaires sera globale et généralisée.

Espérant disposer d’une période de réflexion, pour permettre aux commissions installées d’étudier les thèmes proposés, le chef du gouvernement a buté sur l’intransigeance du SG de l’UGTA, qui n’était pas disposé à « sacrifier les droits des travailleurs » annonçant ainsi un ultimatum au gouvernement : « je vous dis que vous avez un délai jusqu’au 15 Janvier. Pas plus. Au-delà de cette date, je ne garantis plus rien. ».  RT 10/01/94

En interpellant le gouvernement, l’UGTA cherchait ainsi à obtenir un engagement ferme avant la fin de mandat du HCE et l’entrée dans la période de transition. La centrale syndicale renouvelait des revendications soumises successivement à quatre gouvernements et trois chefs d’états. C’était aussi une manière pour l’UGTA d’être présente dans les négociations avec le FMI dont l’issue décisive était annoncée pour les jours suivant. Alger Républicain 16/01/94

Ces négociations UGTA-Gouvernement se sont finalement soldées par un accord important. A l’issue d’une 2eme rencontre le 17 Janvier 1994, ou il a été convenu de :

  • Augmenter le salaire minimum garanti (SNMG) de 2500 DA/mois a 4000 DA/mois.
  • Indexer le seuil des pensions de retraite à raison de 75% du SNMG soit a 3000 DA/mois en relation avec l’augmentation du SNMG a 4000 DZ/mois.
  • Supprimer la notion de salaire minimum d’activité introduite par la circulaire ministérielle No 15 du 19 Novembre 1990 et du même coup geler et supprimer toute indexation de rémunération, primes ou indemnités précédemment pratiquée sur la base du SNMA.
  • Préciser par voie légale le contenu et les rôles du SNMG.
  • Mettre en place les instruments réglementaires et veiller à l’expédition des procédures conventionnelles en vigueur pour qu’une augmentation globale de tous les salariés d’un montant uniforme de 500 DA/mois du salaire y compris les primes et indemnités et avant application de l’IRG et de prélèvement de sécurité sociale, soit effective dès le mois d’avril 1994, avec effet rétroactif au 1er Janvier 1994.
  • A l’effet de renforcer les solidarités entre les salaries :
    • Instituer un régime de retraite anticipée en faveur des salaries de 50 ans et plus et qui risquent de perdre leur emploi pour raison économique dans le cadre d’une compression d’effectif ou d’une cessation d’activité de l’organisme employeur.
    • S’assurer le financement des dispositifs d’assurance-chômage en faveur de tous les salariés ayant fait l’objet d’un licenciement dans le cadre d’une compression d’effectif ou en raison d’une cessation d’activité de l’organisme employeur.
    • Assurer le financement des dispositifs d’assurance-chômage et de retraite anticipée par les employeurs et les salariés avec un concours initial de l’état, dans les conditions devant garantir à tout moment l’équilibre de chacun de ces régimes.
  • Créer un fond national des œuvres sociales par affectation de 0.5% du taux de cotisation au budget des œuvres sociales en faveur de la promotion du logement social à destination des salariés dont les modalités d’administration et gestion seront précisées par un texte règlementaire pris après consultation et accord avec l’UGTA.
  • Pour finaliser le dossier relatif aux entreprises publiques locales (EPL) les deux parties ont convenues de réunir la commission nationale instituée en 1993 dans le cadre des discussions gouvernement-UGTA en vue d’approuver après amendements éventuels le dossier préparé par le comité opérationnel ad hoc institué dans le même cadre.
  • Concernant les dossiers relatifs aux politiques publiques (des salaires et des prix, de la préservation et promotion de l’emploi, de la réorganisation et redynamisation du secteur public économique, de l’amélioration de l’encadrement juridique des relations de travail, de la protection sociale) il a été convenu de relancer les groupes de travail mixtes institués a cet effet selon un calendrier d’achèvement de préparation et de discussions dont l’échéance est fixée pour la fin du 1er semestre 1994.
  • La conclusion à bref délai entre les ministres de l’Education nationale et la Fédération nationale des travailleurs de l’Education d’un accord sur les produits relatifs à la mise en place de la commission nationale des œuvres sociales à la régularisation de la situation des travailleurs en maladies professionnelles et des journées de grèves.
  • Mettre en place un groupe de travail mixte ministère de ‘Education nationale/Fédération des travailleurs de l’Education chargé de la formulation de propositions de révision des statuts particuliers des travailleurs de l’Education.
  • Mise en place d’un cadre adéquat permettant le suivi en commun de l’application du présent accord, des conventions et accords collectifs de travail.

Scans of Procès-Verbal d’Accord Gouvernement/UGTA Janvier 1994

 

« Les institutions Internationales doivent savoir que ce n’est pas la délégation officielle allant négocier avec le F.M.I qui décident, il y’a tout un peuple et des organisations ». A. Benhamouda.

Tout au long de son parcours syndical, A. Benhamouda n’avait jamais cessé de faire parler de lui. Malheureusement, souvent il était l’objet de campagnes abjectes qui essayaient de dérouter l’opinion publique, et camoufler le malaise de ceux qui le considérait leur ennemi ; qui étaient réellement eux-mêmes les ennemis de l’Algérie. A. Benhamouda, n’attachait pas une grande importance à ces attaques, ses actions parlaient pour lui, mais des fois, il répondait quand il voyait qu’on essayait de tromper le peuple et les travailleurs sur des sujets sérieux. Tel a été le cas à la suite d’une couverture peu objective (pour ne pas dire mensongère) des medias publics, à leur tête l’APS et la télévision, d’une réunion tenue par le SG de l’UGTA avec les Fédérations nationales le Mardi 1er Février 1994. Des medias avaient donc reportés que A. Benhamouda était d’accord pour une dévaluation du dinar.

Il faut rappeler qu’à l’époque le gouvernement algérien était en pleine négociations avec le FMI et que la voie préconisée par le ministre de l’économie et évidemment par le gouvernement Redha Malek, exigeait une dévaluation de l’ordre de 50% de la monnaie nationale pour éponger les surliquidités à l’origine d’une inflation de 30% en 1993. Le FMI réclamait, en plus, une plus grande ouverture du marché algérien et des taux d’intérêts plus élevés pour les entreprises. Une exigence qui allait se traduire par des dizaines de milliers de licenciements.

Donc, lorsque l’agence de presse nationale annonce aux algériens que A. Benhamouda accepte cette voie, cela avait beaucoup d’implications.

La mise au point de A. Benhamouda n’a pas tardé, dans un communiqué paru le 3 février la Centrale Syndicale précise

qu’a aucun moment et en aucune façon, l’UGTA ne soutient l’Exécutif quant aux mesures qu’il a annoncées, notamment en ce qui concerne la dévaluation du dinar, la compression des effectifs et l’augmentation des prix des produits jusque-là soutenus ».

En effet, A. Benhamouda n’avait jamais donné son consentement quant à la dévaluation du dinar. Il avait, par contre, déclaré que cette mesure  était une solution de facilité et qu’il appartenait au gouvernement de faire publiquement connaitre comment il entendait faire face aux conséquences dramatiques de cette option. Il avait aussi clairement averti que l’UGTA entrerait dans un affrontement général avec le gouvernement dans le cas où certains de ses ministres, notamment ceux du Travail, de l’Economie, du Budget et de l’Education nationale persistaient dans leurs déclarations et leurs comportements inadmissibles à l’encontre de la Centrale syndicale.  Le Matin 03/02/94

Concernant le rééchelonnement de la dette algérienne et les négociations du gouvernement algérien avec le FMI, la position du SG de l’UGTA était claire,

 … Il faut que le gouvernement définisse ce qu’il veut. C’est à partir de là que nous pourrons juger de la finalité de ces négociations. Nous avons demandé à ce que les négociations ne portent pas seulement sur l’endettement, mais sur tout. La dette est partie intégrante du programme qu’il faut justement arrêter…Ceci d’ailleurs nous l’avons déjà fait savoir auparavant. A défaut de présenter notre propre programme, nous nous verrions imposer celui du FMI dans ces conditions.  Extrait d’une interview accordée au quotidien Horizons 06/03/94.

  1. Benhamouda s’était toujours prononcé contre le rééchelonnement de la dette extérieure de l’Algérie

Parce que nous pensons que le rééchelonnement est un piège. Il suffit de regarder autour de nous… prenez l’exemple du Maroc. En 1982-1983, sa dette était de 13 milliards de dollars. Il a demandé un rééchelonnement. Résultat : sa dette s’élève aujourd’hui à 26 milliards et il demande un deuxième rééchelonnement. Entre-temps, le nombre de ses chômeurs a doublé, pour atteindre 4 millions. Nous ne voulons pas, nous, que nos chômeurs doublent avec le rééchelonnement. L’Algérie qui a toujours payé ses dettes rubis sur l’ongle, a droit à une certaine compréhension de la part de ses créanciers. C’est aussi leur intérêt : si l’Algérie coule, c’est tout le Maghreb qui sera menacé et nos partenaires européens seront les premiers perdants. Ils doivent tenir compte de cela dans les négociations. Il ne faut pas gérer le problème du seul point de vue financier, mais aussi économique, politique et social ». Extrait d’un entretien accordé à l’envoyé spécial de l’Humanité, l’article complet peut être lu ici link to Alger Républicain 14/02/94

L’année 1994 était la dernière année du mandat de A. Benhamouda à la tête de l’UGTA, et elle s’annonçait très chaude. Il n’avait cependant jamais perdu de vue les objectifs et les buts qu’il s’était tracé depuis son élection à la tête de la centrale syndicale :

Le plus important : l’Amour de l’Algérie, en ces termes il avait commencé son entretien avec Alger Républicain paru le 15/02/1994. « La première des choses que l’UGTA demande c’est un bilan. Chez nous des personnes gèrent et s’en vont et personne ne rend des comptes. C’est catastrophique… les affaires de l’état sont gérées dans la rue.

…je démissionne après le prochain congrès. Moi, je défends la continuité et la reconduction du capital expérience. Je ne renouvelle pas ma candidature, cela aussi est une forme de rupture. …. Il faut qu’une nouvelle race de syndicalistes arrive. Il ne faut pas que l’UGTA soit liée à un homme. Moi, je vais au congrès dans l’espoir d’affronter le syndicaliste pur et dur et ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourrait parler de renouveau. »

En plus des négociations et affrontements, Gouvernement/UGTA, en plus de la situation économique catastrophique, des pressions du FMI, de la situation sécuritaire encore plus catastrophique, l’année débutait avec beaucoup d’incertitudes pour les travailleurs. Un nouveau président, encore un nouveau premier ministre et gouvernement, et peut être un nouveau SG de l’UGTA en fin d’année. La seule constante était la détermination de A. Benhamouda de mener à bien ses travaux jusqu’à  la tenue du 9eme congrès, qu’il voulait être le plus transparent et le plus démocratique qui ait jamais été organisé par la centrale syndicale.

 

Liamine Zeroual, nouveau chef d’état…

De Mouloud Hamrouche à Redha Malek, l’UGTA s’était toujours imposé comme partenaire social incontournable. Au lendemain de son investiture, le président de l’état Liamine Zeroual fait de sa première sortie officielle une visite à la Maison du peuple.

Liamine Zeroual avait choisi de participer, avec les travailleurs, à la célébration du 24 février, le trente-huitième anniversaire de l’organisation syndicale, en se rendant donc chez les travailleurs, le président semblait avoir fait le choix de renouer ainsi avec la tradition consacrée par Boumediene, poursuivie par Boudiaf après son abandon par Chadli.

 Nous ne sommes pas des parvenus, nous avons notre Histoire », en s’exclamant ainsi le 24 Février, date anniversaire de la création de la Centrale Syndical, le SG de l’UGTA tenait à remettre les pendules à l’heure en présence du président de l’Etat, M. Liamine Zeroual. Dans un entretien accordé au quotidien l’Horizon, il revient encore sur les questions de l’heure ; la visite de Camdessus, SG du FMI, à Alger, et la dévaluation du Dinar : « … l’expérience a démontré que jusque-là, il n y a pas eu de réformes profondes. Car personne ne s’oppose à des réformes réelles. Depuis 87, il y a seulement du bricolage, bien au contraire, on a cassé l’appareil économique. Aussi, il faut le réparer… la dévaluation du dinar a commencé avec le gouvernement Hamrouche. Elle est au nombre de 5. En fin de compte elle n’a pas eu les effets escomptés. Aussi, il faut surtout se poser la question de savoir pourquoi notre monnaie est faible. La faiblesse de la productivité en est la réponse notamment depuis 87. Comment rentabiliser notre économie si la productivité reste faible, la monnaie y est liée directement … Actuellement le débat n’est pas canalisé, on veut gérer l’économie comme on a géré la politique en 89-90. C’est-à-dire dans la rue. Le débat signifie que l’on apporte des critiques, des contrepropositions, sur la base d’un programme. Si l’on prend par exemple les négociations Gouvernement UGTA, celles-ci se déroulent sur la base d’un cahier de revendications. C’est ça notre programme. C’est ça l’expérience. Or, si on va négocier avec le FMI, sans pouvoir s’appuyer sur un programme, on ne peut échapper à ses conditionnalités. En revanche, dans le cas contraire, il est possible de mieux se défendre. » L’article complet peut être lu ici. Horizons 06/03/94

Benhamouda trouvait toujours à redire sur le cours des négociations avec le FMI, sur le fond et sur la forme. Le manque de transparence de la part du gouvernement et la non implication des partenaires sociaux, en particulier l’UGTA, conféraient a ces négociations des aspects de complot. Le SG de l’UGTA ne mâchait pas ses mots la dessus : « Mais bien sûr qu’elles manquent de transparence, toutefois, nous avons la possibilité de nous informer aux sources mêmes. Néanmoins, nous ne pouvons diffuser des informations officielles.

La délégation officielle qui négocie actuellement avec le FMI engage l’Etat algérien avec les institutions financières internationales et donc doit avoir l’appui de tous. Car nous autres, nous ne pouvons soutenir quelque chose que nous ignorons. L’adhésion suppose la connaissance. Or les partenaires sociaux ne connaissent rien de ces discussions. » Horizons 06/03/94

Du 22 Mars 1993 au 22 Mars 1994…

Le 22 Mars, jour anniversaire de la marche historique du peuple algérien contre le terrorisme barbare conduite par l’UGTA, celle-ci affirmant de nouveau son engagement à agir pour mettre ses actes en accord avec sa ligne de conduite patriotique et nationaliste, elle décrète la journée du 22 mars 1994, journée de deuil national. Un appel solennel pour un arrêt de travail avait suivi cette déclaration, celui-ci met l’accent sur

… le refus, du moins l’incapacité et l’inaptitude de l’état a agir de manière efficace, résolue et permanente pour mettre définitivement un terme au génocide programmé du peuple algérien … Tout est entrepris, consciemment ou par manque de discernement, pour conduire l’Algérie au chaos et à la guerre civile». la déclaration parlait clairement de l’existence de traitres au sein du pouvoir « Il existe au sein du Pouvoir et de la classe politique algérienne des hommes et des forces qui travaillent au pourrissement encore plus grave de la situation,  par un silence ouvertement complice, par un attentisme ou une démission assimilables à une vraie trahison nationale, et par des reculs, des concessions et des compromissions qui n’obtiendront jamais l’aval du peuple algérien ». La Nation du 23 au 29 Mars 1994.

Par concession et compromission, on peut bien sûr deviner que l’UGTA parlait du blanchiment des terroristes à travers les négociations et la réconciliation que certains voulaient, pour dissimuler les traces de leurs actions, afin que la vérité ne se sache pas, et que la justice ne se fasse pas.

L’appel de l’UGTA a été suivi par la quasi-totalité des travailleurs, le pays était paralysé, ce fut le plus grand cri de colère des travailleurs face à l’inaction du gouvernement et de toute la classe politique devant le drame que vivait le peuple algérien.

Contrairement à l’accoutumé, le 1er Mai 1994, A. Benhamouda choisira de le célébrer hors capitale, à Annaba. Il explique au Matin (19/04/94) les raisons de ce choix : « après le 8eme congrès nous avons voulu introduire des nouveautés dans tous les domaines de la lutte syndicale afin d’effectuer des changements dans les méthodes, les programmes, les structures, sur la plan organique et organisationnel… et c’est la même chose pour ces festivités.

Le problème pour nous ce n’est pas uniquement de décentraliser. Nous avions fait une première en organisant la réunion de la Commission exécutive national (CEN) à Oran. Ce sera aussi une première d’organiser les festivités du premier Mai à Annaba. C’est une ville industrielle où il y a un nombre important de travailleurs qu’il faut aussi habituer aux grands bains de foule qui ne s’organisent traditionnellement que dans la capitale. Nous voulons en fait capitaliser une expérience, en familiarisant notre base, dans toutes les villes du pays, à ce genre de manifestations, en prévision des rencontres internationales que ne manquera pas d’organiser l’UGTA, et il faut que nos structures, à travers tout le territoire soient préparées. »

 

La marche de la honte …

Au moment où l’UGTA préparait donc les célébrations du 1er Mai, journée Internationale du travail, d’autres voulait utiliser cette date symbolique pour impliquer les travailleurs dans une marche pour le soutien du dialogue avec les terroristes, chose qu’A. Benhamouda et l’UGTA refusait catégoriquement « Tous les Algériens sont pour le dialogue, mais pas de dialogue avec les assassins. L’UGTA dialogue bien avec le gouvernement, alors qu’elle ne s’entend pas avec lui. Nous ne sommes pas contre le dialogue, mais encore faut-il savoir avec qui on le fait. » A. Benhamouda dans un entretien accordé à l’Hebdo Libéré parution du 27 au 03/05/94. Le FLN et l’ONEC (Organisation des Enfants des Chouhada) voulait mener cette marche de la honte, qui était soutenue par certains cercles du pouvoir de l’époque.

Cette marche sera bien vite avortée, car les travailleurs étaient conscients des complots qui se tissaient autour d’eux et avaient fait comprendre à ceux qui voulaient bien comprendre que leur organisation ne se laisserait pas marcher sur les pieds.

  1. Benhamouda avait signifié le refus de l’UGTA de participer aux différentes marches préparées et avait déclaré qu’à son sens, « elles visaient des objectifs politiques étroits enrobés de dates historiques … Lorsque nous avons voulu marcher pour le salut de l’Algérie nous avons choisi le 22 mars et nous en avons fait une date mémorable». Le Matin 19/04/94

Cette marche a du donc être reportée par ses organisateurs, tous les travailleurs étaient occupés à célébrer le 1er Mai avec leur syndicat. Le 8 Mai était la nouvelle date proposée,  mais ce fut un fiasco total. A une question du Soir d’Algérie sur les raisons de la désaffection des citoyens vis-à-vis de cette marche, A. Benhamouda répondit :

 l’UGTA n’était pas concernée par cette marche…… Nous avons préféré adopter une position de neutralité tout en ne nous opposant pas à une participation à titre individuel de nos militants. En toute modestie, si nous n’avons pas vu une large participation c’est parce que tout simplement le poids important de la centrale était absent ce jour-là…. Malheureusement, ils (les travailleurs) n’ont pas trouvé des slogans qui condamnent le sabotage économique sans parler du terrorisme. Or, la préservation de l’outil de travail est un souci permanent chez le travailleur. Sans soulever le problème des moyens de transport qui sont brulés ou des établissements scolaires qui subissent le même sort….Comment voulez-vous dans ce cas que le travailleur se sente concerné par cette marche ? Alors je dis à ceux qui ne veulent pas digérer leur fiasco, y en a marre à chaque fois de vouloir transférer leur échec sur le dos de l’UGTA… » Le Soir d’Algérie 12/05/94.

Première rencontre avec le gouvernement Sifi

Le 26 Juin 1994, une réunion de travail regroupant les membres du gouvernement sous la conduite de Mokdad Sifi et le secrétariat national de l’UGTA dirigé par A. Benhamouda s’est tenue en vue d’examiner l’ensemble des préoccupations du monde du travail.

Le Secrétaire général de l’UGTA avait établi un constat de la situation qui prévalait au niveau des différents secteurs d’activités et fait état des grandes préoccupations et difficultés des travailleurs. La Commission Exécutive Nationale (CEN) de l’UGTA s’était réunie au préalable pour sa 7eme session et avait adopté une déclaration dans laquelle elle soulignait que le rééchelonnement était un choix politique qui allait conduire inéluctablement à une soumission pure et simple de l’Algérie au Club de Paris. Ceci signifiait, par la même, le retour déguisé du colonialisme avec, pour corollaire, l’abandon de la souveraineté du pays et de l’indépendance de la décision nationale.

La déclaration précisait que les effets dévastateurs du rééchelonnement frapperaient en premier lieu, sinon exclusivement, les catégories sociales démunies et déshéritées, comme l’avait démontré l’expérience des pays du Tiers-Monde ayant emprunté cette voie aventureuse. Elle estimait qu’au court ou moyen terme, les conditions draconiennes accompagnant le rééchelonnement déstructureraient l’économie nationale et marginaliseraient les capacités du pays, dans le sens où l’Algérie perdra son statut de pays productif pour se transformer en vaste marché de consommation des biens et services des multinationales.

Par ailleurs, la déclaration précisait que la CEN enregistrait avec une extrême gravité la dégradation du pouvoir d’achat des travailleurs à la suite des mesures gouvernementales successives portant hausse des prix, dévaluation du dinar, absence des institutions, des organes et des services de l’Etat en matière de régulation, d’organisation et de contrôle du marché et des prix. Du fait de cette politique gouvernementale, les travailleurs se trouvaient désormais à la merci des groupes mafieux et des barrons qui avaient fait main basse sur le commerce national, tout en gérant sur une plus grande échelle les actions de contrebande et de spéculation.

Par conséquent, et afin de contrer tous ces effets néfastes et ces perspectives négatives auxquelles l’Algérie et les travailleurs Algériens étaient confrontés, la Centrale syndicale présenta au gouvernement une nouvelle plate-forme de revendications articulée autour des axes suivants : le pouvoir d’achat des travailleurs ; les systèmes de rémunération en vigueur ; l’assainissement et la réorganisation de l’économie nationale en vue de la relance économique ; l’adaptation de la formation professionnelle à l’emploi ; et enfin le logement social et l’emploi.

A l’issue des débats il a été décidé le relèvement, à compter du 1er Octobre 1994, des allocations familiales, de 200 DA par enfant et par mois a 300  DA, le relèvement de la prime de scolarité de 250 DA a 400 DA par enfant scolarisé, l’installation de groupes de travail mixtes (UGTA-Gouvernement) chargés d’approfondir la réflexion et de formuler des propositions sur les thèmes suivants : pouvoir d’achat (salaires et prix) ; réforme de l’administration et du statut général de la fonction publique ; préservation et promotion de l’emploi, réorganisation et dynamisation du secteur public ; encadrement juridique  des relations de travail et protection sociale.

Le principe et la décision d’augmenter les salaires étaient acquis ; en septembre, les deux parties allaient se revoir pour négocier, dans le fond, la revalorisation des salaires dans tous les secteurs.

Cette question, ainsi que celle liée au 9eme congrès de l’UGTA dont la date venait d’être fixée par la Commission Exécutive Nationale et qui allait avoir lieu les 27, 28 et 29  Décembre 1994, ont été abordées dans un entretien de A. Benhamouda avec l’hebdomadaire Alger Républicain (05/11.07.94) dont ci-dessous un extrait :

Alger Républicain : peut-on connaitre le contenu de la plateforme de revendications remise au gouvernement ?

  1. Benhamouda : on peut la résumer en trois axes. Le premier axe englobe les salaires et les prix ; le deuxième axe concerne la protection sociale d’une manière générale, sécurité sociale, la caisse de retraite, l’assurance-chômage, la retraite anticipée, le transport, l’habitat, la scolarité… le troisième volet est le plus important, c’est celui du dossier économique. Pour nous, avant de parler de restructuration, il faut parler de réorganisation de l’économie. Les deux aspects sont indissociables. Il ne faut pas dévier du débat sur la crise économique en parlant uniquement de privatisation. Pour nous la privatisation doit être située dans un modèle. Il faut d’abord définir les secteurs stratégiques, ceux qui méritent la protection. Et il y’a mille et une manière de protéger l’économie à travers la fiscalité, les taxes douanières… d’un autre coté il faut définir le rôle de l’état, des salaries, du citoyen…

Alger Républicain : des membres de la CEN ont demandé le report du congrès, vu la situation sécuritaire…

  1. Benhamouda : ce n’est pas un problème de peur… Le problème est plus profond. Ils disent qu’en principe, un congrès, ce sont des débats autour de l’organisation syndicale, pour évaluer, faire un bilan, faire ressortir les aspects positifs et négatifs pour améliorer le travail par la réflexion, aborder les problèmes socio-professionnels, les problèmes économiques.

Dans cette situation, certains syndicalistes pensent que les travailleurs ne sont pas psychologiquement prêts à débattre de certaines questions…

De plus, dans les wilayas où il y a le couvre-feu, l’activité syndicale qui doit avoir lieu après les heures de travail est gênée. Mais il nous faut tenir le congrès, parce qu’il faut une légitimité à ceux qui dirigent l’action syndicale.

…..Personnellement, j’ai été accusé d’être l’ennemi des politiques. En fait, il n’y a pas de classe politique. Les responsables de ce vide sont les barons de l’ancien système et ils se préparent à revenir avec leurs pions.

Rentrée sociale : « Nous ne sommes pas des parvenus, nous avons notre histoire »

En vue de conjurer les efforts visant à amortir le choc social dans le secteur du travail, les six commissions mixtes gouvernement-UGTA composés des responsables des différents ministères et des secrétaires nationaux de l’UGTA, avaient toute la période d’été pour se concerter et être fins prêts pour la rentrée sociale. Le 12/09/1994, une première séance de travail eu lieu au Palais du Gouvernement à laquelle avaient pris part des membres du gouvernement sous la conduite de M. Sifi et des membres du secrétariat national de l’UGTA, dirigés par A. Benhamouda. L’objet de cette rencontre portait sur l’évaluation de l’état d’avancement des travaux des groupes mixtes UGTA-Gouvernement, ainsi que sur la préparation de la rencontre dans le cadre de la tripartite à laquelle avait appelé A. Benhamouda durant les travaux de la CEN.

A l’issue des débats il avait été convenu :

  • d’accélérer les travaux des six groupes mixtes, dont les conclusions devaient être présentées avant la tenue de la prochaine rencontre entre le gouvernement et le secrétariat national.
  • De procéder au règlement des arriérés de salaires de 130.000 travailleurs du secteur BTPH, et d’envisager le versement des salaires jusqu’à la fin de l’année en cours. Parallèlement, il a été convenu d’activer les travaux d’assainissement et de restructuration des entreprises concernées du secteur pour permettre une relance rapide et durable de leurs activités dès le début de l’année 1995.
  • De procéder également au règlement rapide des créances détenues par les entreprises sur les maitres d’ouvrages publics.
  1. A.Benhamouda commençait à être excédé par la lenteur et la légèreté avec laquelle le gouvernement traitait le dossier des salaires, et il comptait bien le faire savoir à ses partenaires sociaux.

« Nous allons exiger le relèvement du SNMG en rapport avec le coût de la vie. Si nous n’aboutissons pas à un accord, alors ça va barder. »

Ce sont là, les termes utilisés par A. Benhamouda devant les « pétroliers » à la Maison du Peuple le 21 Septembre 1994, jour de la tenue de la conférence nationale des cadres syndicaux du secteur du Pétrole, du Gaz et de la Chimie. Ou bien un accord avec le gouvernement qui rétablit les travailleurs dans leurs droits, ou bien la fin de la trêve sociale avec, au bout du compte, un affrontement direct et généralisé avec tout ce que ceci aurait comme conséquences.

Au nom de l’UGTA, A. Benhamouda avait ainsi signé sa rentrée sociale. Révolution et Travail 28/09/94

Une sérieuse menace de grève générale planait sur le secteur des hydrocarbures et de la chimie, le risque d’explosion persistait dans le bâtiment et les ports. C’est forte de ce mouvement de contestation syndicale d’importance que le Centrale allait négocier le pacte social.

Dans un délai de deux semaines, les vannes nourricières de Hassi Messaoud et de Hassi Rmel, entre autres, allaient être fermées si les grosses sociétés qui étaient SONATRACH, pour les hydrocarbures, et la SNIC, pour la chimie, n’étaient pas reconstituées, ou du moins, si le gouvernement ne s’engageait pas pour le regroupement des 22 entreprises du secteur, à l’époque autonomes, pour reconstituer la Sonatrach et la Snic telles qu’elles étaient avant 1982, date ou les sociétés nationales avaient été restructurées, divisées, le plus souvent en plusieurs entreprises publiques.

Les revendications socioprofessionnelles et la sauvegarde des entreprises publiques, étaient donc, durant la rentrée 94/95, à l’origine de plusieurs conflits de travail. Les plus importants risquaient de paralyser l’ensemble des ports et les entreprises du Bâtiment. Des grèves couvaient aussi à la Banque Centrale d’Algérie, à l’entreprise de gestion aéroportuaire d’Alger, a l’Institut national d’hygiène et de sécurité, à l’Enabos, etc.

Le secrétaire général de l’UGTA réaffirmait sa caution pour toutes les actions engagées par n’importe quelle structure de l’organisation syndicale. (L’Opinion 11/10/94)

Ceci bien sûr allait déranger les plans de beaucoup, donc on accusait A. Benhamouda encore de faire de la politique, et on lui reprochait de toucher à l’intérêt national, comme si l’intérêt national et celui des travailleurs étaient dissociables. Voici ce qu’il répondit donc dans un entretien accordé au quotidien Le Matin dans son édition du 23/10/94 :

 l’UGTA sait très bien situer l’intérêt national,  son passé est la comme témoignage. Mais en ce qui concerne les hydrocarbures, il faut dire qu’aujourd’hui le débat n’est pas seulement syndical mais éminemment politique. Des questions simples : les hydrocarbures sont-ils un patrimoine national ou celui d’une catégorie donnée ? Une société pétrolière qui est aussi une entreprise stratégique doit-elle être gérée comme une quelconque autre entreprise ? Les entreprises de service du secteur pétrolier sont-elles un acquis de l’Algérie ou un outil qu’il faut lui enlever et briser ? Ces entreprises de service, pour la plupart issues de la restructuration de SONATRACH doivent elles recevoir leur part en devises ? Les entreprises étrangères travaillant avec SONATRACH doivent-elles être payées en devises ou en dinars ? Je cite ces questions au hasard pour qu’on puisse soupçonner ce que cache en réalité un mouvement des travailleurs et une action syndicale dans le domaine des hydrocarbures. C’est l’importance capitale de ces choses-là qui pousse certains à minimiser nos actions dans le secteur pétrolier.par la grève de l’aéroport, les travailleurs ne revendiquent pas l’augmentation des salaires. Il y a tout un projet de restructuration qui vise à privatiser ce domaine public. Or, nous pensons que la privatisation doit se faire en concertation avec les partenaires sociaux. Depuis vingt-sept mois on parle de doter l’aéroport d’équipements de sécurité, jusqu’à présent rien n’a été fait. Quelle est la priorité ? La restructuration de l’entreprise ou la sécurité des voyageurs ? 

La tripartite …

En vue de la préparation de la réunion tripartite exigée par l’UGTA fixée, pour le 28 Octobre 1994, une série de rencontres bilatérales avaient donc  réuni successivement le gouvernement avec les organisations patronales du secteur privé, et de l’UGTA, ou les travaux fournis par les groupes mixtes de travail avaient été analysés. Cependant, aucun accord n’avait encore été conclu au sujet des augmentations salariales.

L’augmentation des salaires que nous revendiquons ne relève pas, a notre avis, de l’impossible. On nous dit que les caisses de l’état sont vides. Mais pourquoi ne  sont-elles pas vides pour l’importation d’énormes quantités de café que le travailleur paie à plus de 500 dinars le kg ? Pourquoi ne sont-elles pas vides pour l’importation de matériel médical dont le travailleur n’en bénéficie pas et l’importation de médicaments périmés ? Nous assistons à un énorme gaspillage des deniers de l’état. L’augmentation que nous revendiquons peut se faire par le biais d’une réorientation des moyens financiers qui sont en possession de l’état. Et ce n’est pas du tout sorcier pour le faire. Non seulement on pourrait ainsi faire des économies, mais aussi mettre un terme à ce gaspillage criminel engendré par la mauvaise gestion. » A. Benhamouda au quotidien El Watan 26/10/94.

Les 28 et 29 octobre 1994 s’est tenue la tripartite regroupant le gouvernement, le secrétariat national de l’UGTA et les présidents des organisations patronales publiques et privées, au cours de laquelle les points examinés étaient :

  • La restructuration industrielle
  • Les salaires
  • Les mesures sociales d’accompagnement
  • Les modalités de concertation

L’UGTA a fit face à de nombreuses oppositions et dû peser de tout son poids pour arracher l’accord tant attendu par les travailleurs. D’autant que les négociations entre le gouvernement et l’UGTA semblaient bloquées des lors que le gouvernement avait initialement proposé une augmentation de 7% que A. Benhamouda considérait comme un mépris à l’égard des travailleurs, et réclamait lui une augmentation de pas moins de 25%.

L’accord final englobait une augmentation des salaires de base de 20% en deux tranches et en deux étapes, ainsi que la revalorisation des pensions et allocations de retraite  de 5 à 31% selon trois types de date d’effets de ces pensions/allocations.

 

Les enjeux du 9eme congrès …

Loin des négociations et tumultes UGTA/Gouvernement, une autre bataille allait bientôt commencer, celle de la succession d’A. Benhamouda à la tête de l’UGTA. Ce dernier avait déclaré qu’il ne voulait pas renouveler son mandat, bien qu’il réunisse un large consensus qui n’allait pas manquer de se manifester lors du congrès pour exiger son maintien.

Tous se demandaient ce qui allait advenir de l’UGTA après le départ de A. Benhamouda. L’hebdomadaire « El Waqt » explique dans un article intitulé « Centrale syndicale, qu’en sera-t-il après le 9eme congres ? », que le 9eme congres allait se tenir dans une tempête d’accusations et de manœuvres orchestrées contre Abdelhak Benhamouda. Ce dernier accusait le FLN de tenter d’utiliser le syndicat pour servir ses objectifs politiques… le parti de Mehri, reprend le journal plus loin, n’a jamais pardonné a A. Benhamouda sa position au lendemain du premier tour des élections législative de 1991, quand le leader du syndicat avait appelé à la formation d’une commission de la sauvegarde de l’Algérie. » (Et qu’il s’était aussi, i faut le rappeler, vertement pris aux participants de la rencontre de Sant ’Egidio à Rome). Mehri avait déclaré alors que l’UGTA n’avait pas à intervenir dans le domaine politique. Le FLN et ses partisans du mouvement Ennahda, Hamas, le parti de Ben Bella, le groupe de Benbaibeche n’avaient pas digéré non plus que le syndicat boycotte la marche du 8 mai, organisée pour le dialogue avec les terroristes, et qui s’est soldée par un échec ». El Waqt poursuit son article : « le FLN veut de toutes ses forces réintégrer la Centrale syndicale. Et pour ce, il faut qu’il écarte de son chemin les partisans de la ligne « benhamoudienne »  qui défend le caractère républicain et démocratique de l’Algérie. Dans une réponse aux accusations de l’organe centrale du FLN « EL Moudjahid», l’organe de l’UGTA, « Révolution et Travail » a publié un article pour affirmer : « notre problème n’est pas avec les militants du FIS, du FLN, de Ettahadi ou autres car parmi eux, il y a des travailleurs et des adhérents de l’UGTA. Notre problème, ce sont surtout certains dirigeants de partis dont les actes et les déclarations sont en contradiction avec les intérêts des travailleurs… nous visons plus précisément la direction du FLN qui veut aujourd’hui revenir au pouvoir par le biais du FIS, en utilisant la base du FLN dans son opposition ».

Première organisation syndicale du pays, l’UGTA était déjà devenue une grande force politique, ce qu’il lui a valu d’être attaquée par une partie de la pseudo-opposition pour son engagement politique, Abdelhak Benhamouda, allait donc remettre la question aux mains des congressistes pour trancher.

Ce retour à la base avait le mérite de faire d’une pierre deux coups : régler définitivement le problème, par des amendements statuaires s’il le faut et brouiller les cartes des détracteurs. Ces derniers ne chômaient pas. Le FLN était le premier à attaquer de front l’UGTA. L’ex parti unique, par le biais de son organe centrale El Moudjahid, fustigeait à longueur de colonnes la personne d’Abdelhak Benhamouda avec des termes parfois insultants, souvent diffamatoires. (El Watan 25 Décembre 1994)

Révolution et Travail, publication éditée par l’UGTA à l’époque,  se chargeaient très bien de répliquer à ces attaques que A. Benhamouda qualifiait de « manœuvres déstabilisatrices », dans son édition du 13 Décembre, sous le titre : « Pourquoi l’UGTA dérange-t-elle Mehri ? » le journal signifiait au « zaim du FLN » que les travailleurs et leurs familles « ne pardonneront jamais le comportement de celui qui a transformé son parti en véritable « bogato » pour justifier les actes terroristes. »

Les caciques du FLN, appuyés par d’autres cercles extrémistes, n’allait pas s’arrêter en si bon chemin a quelques jours du neuvième congrès.

L’enjeu était de taille. Une organisation forte d’un million et demi d’adhérents ne pouvait laisser nul indifférent dans les cercles du pouvoir. Farouchement opposée aux thèses développées par ces partis conservateurs, l’UGTA constituait un obstacle à éliminer. (Analyse extraite d’El Watan 25 Décembre 1994)

De ce fait, Le 9eme congrès de l’UGTA avait à examiner, traiter et trancher dans plusieurs questions d’ordres organisationnel, social et économique qui allaient être soumises aux larges débats inscrits à son ordre du jour. Parmi ces questions virulentes, Révolution et Travail, organe de l’UGTA, dans son édition No 61 du 27 Décembre 1994, citent les points ci-dessous:

  • L’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) est-il de son droit de s’occuper de la politique ? quel est le concept de cette politique dont certains prétendent qu’elle est du ressort des partis politiques et que les travailleurs et leur syndicat n’ont pas le droit de s’en mêler ?
  • Les délégués au congrès auront à se positionner envers la « Direction » d’un parti politique ou, plus précisément, un groupe d’individus qui a régné au pouvoir pendant une décennie et qui a conduit le pays à la faillite, à l’époque où les recettes de l’Algérie s’élevaient à 17 milliards de dollars pour vingt millions d’habitants. Malgré ces facteurs favorables, ces individus nous ont laissé un endettement de 26 milliards de dollars, et voilà qu’ils se disent aujourd’hui capables de gérer les affaires du pays avec seulement 8 milliards de dollars comme revenue national et une population avoisinant les 30 millions.
  • Quelle serait la position des travailleurs, par le biais de leurs représentants au congrès, envers ces partis politiques dont les programmes sont en contradiction flagrante avec les intérêts de la classe ouvrière ? par exemple, comment les travailleurs comptent ils réagir devant les formations politiques qui appellent, dans leurs programmes, a la liquidation des entreprises publiques, àla mise au chômage des milliers de travailleurs, a l’arrêt de la construction du logement social, à l’ouverture de nos frontières terrestres, aériennes et maritimes au commerce extérieur, a la dissolution des syndicats, etc…
  • Comment les travailleurs se considèrent-ils ? sont-ils de simple « Ghachi » (peuplade) composés de « moutons » qui se feront conduire par les barons du système vers les « abattoirs » ou sont-ils vraiment des êtres-humains ayant le droit d’être concerté pour donner leur point de vue quant à l’élaboration du projet de société.

 

Que voulait l’UGTA….Projets et résolutions du 9eme congres

Que voulait l’UGTA ? – Réintroduire les travailleurs dans la lutte politique, – mettre fin à leur marginalisation, a la sous-estimation de leur poids politique. – En faire un interlocuteur et un acteur incontournable de la vie économique et sociale dans un contexte marqué par les difficultés et crises multiples que vit l’Algérie.

Le 9eme congrès de l’UGTA entamait ses travaux dans un contexte encore plus compliqué que le précédent congrès. A. Benhamouda proposait aux congressistes une ligne politique et syndicale « dure ».

  • Au plan politique les participants allaient être sollicités pour adopter une démarche de longue haleine correspondant à l’analyse de la situation et ses enjeux à moyen terme. En substance, s’inscrivant dans le camp du progrès et de la modernité, l’UGTA réaffirmait son engagement dans la lutte pour la démocratie dans un cadre général d’autonomie des forces politiques et sociales. Il était important pour l’UGTA d’être le premier à en définir les contours plus précisément et plus concrètement. Par ailleurs, le fait que ce soit les travailleurs qui procèdent à ces bilans de la transition vers la démocratie aller faire que les autres forces politiques auront à en tenir compte dans l’avenir.
  • Au plan syndical, l’UGTA allait tenter de se lancer dans un combat, pied à pied, sur tout le territoire national, pour réviser des conventions collectives imposées dans un contexte général défavorable aux travailleurs. (L’Hebdo Libéré No 196 du 28 Décembre 1994 au 03 Janvier 1995).

Mais avant de revoir les projets et résolutions du 9eme congrès, voyons d’abord si A. Benhamouda et ses compagnons avaient réussi à réaliser les objectifs et les attentes émises lors du 8eme congres qui les a vu élire à la tête de l’UGTA.

 

Bilan du 8eme mandat …

Depuis 1990, le secrétariat national de l’UGTA avait conclu avec les différents gouvernements 16 accords. Soit une moyenne de 4 accords par an. Les plateformes de négociation gouvernement UGTA portaient, entre autres, sur:

  • Le pouvoir d’achat
  • La protection sociale (sécurité sociale-retraite-patrimoine de la sécurité sociale-médecine de travail-hygiène et sécurité)
  • L’assainissement financier des entreprises
  • La caisse nationale de chômage
  • La sauvegarde de l’emploi des jeunes
  • Les mesures de lutte contre l’inflation
  • L’application des décisions de justice
  • La réorganisation du secteur public
  • La refonte de l’administration (fonction publique)
  • Les œuvres sociales dans la fonction publique
  • Révision des lois sociales de 1990
  • Les conventions collectives
  • Les entreprises de BTPH, EPL et d’autres thèmes touchant le monde du travail….

Comment ceci se traduit en termes d’acquis sociaux et concrétisation des recommandations du 8eme congrès de l’UGTA ? Les 8emes assises avaient commandé d’atteindre les objectifs suivants :

  1. SNMG a 4000 DA : objectif atteint.
  2. Constitution de la Fédération Nationale des Retraités : objectif atteint
  3. Réorganisation de la Sécurité Sociale et la Caisse de Retraite : objectif atteint ; les conseils d’administration des deux caisses étaient composées d’une majorité représentant l’UGTA.
  4. Création d’une Caisse Nationale de Chômage : objectif atteint ; cette concrétisation avait fait l’objet d’une négociation avec quatre gouvernements. En luttant pour la création de caisses, l’UGTA avait pour souci majeur de protéger les travailleurs et d’amener les employeurs à ne pas considérer les compressions d’effectifs comme une finalité et respecter les règles et obligations. Dorénavant, tout employeur ne pouvait compresser sans payer les droits d’entrée.
  5. Mise en place d’un Conseil Economique et Social (le CNES): objectif atteint, l’UGTA disposait de 30 représentants dans ce conseil.
  6. Détachement des élus : une circulaire gouvernementale relative aux facilitations syndicales avait été obtenue et mise en pratique depuis juillet 1992.
  7. Augmentations salariales : depuis Octobre 1990, la moyenne des augmentations salariales avec indemnités et primes négociées et obtenues par l’UGTA était de l’ordre de 7500 DA.
  8. Conventions Collectives : 692 conventions avaient été enregistrées couvrant un effectif de 751.000 travailleurs environ.
  9. Règlements Intérieurs : 1955 règlements intérieurs avaient été enregistrés couvrant un effectif de 1.300.000 travailleurs environ.
  10. Comités de Participation : 670 comités de participation avaient été enregistrés couvrant un effectif de 542.000 travailleurs environ.
  11. Les activités en faveur du BTPH et des entreprises publiques locales : les données sur la situation sociale faisaient ressortir que les secteurs les plus touchés par la crise que connaissait le pays, étaient incontestablement le secteur du BTPH, et celui des entreprises publiques locales. Lors des premières négociations avec le gouvernement en Octobre 1990, l’UGTA déterminait ainsi sa démarche revendicative en intégrant la situation alarmante du secteur BTPH, par voie de conséquence, les préoccupations des travailleurs des entreprises de ce secteur, s’inscrivant ainsi dans la prise en charge des problèmes de ce secteur, et la mise en œuvre des moyens devant déterminer sa relance. Cette démarche était en totale contradiction avec le programme du gouvernement de cette époque. Il a fallu attendre septembre 1991, suite à une situation de quasi-cessation de paiement des entreprises du BTPH et du secteur public local, pour que les actions initiées par l’UGTA trouvent leur concrétisation dans l’accord Gouvernement-UGTA du 21 septembre 1992 qui dictait des mesures concrètes en faveur des entreprises du BTPH et des EPL en s’inscrivant dans un processus d’assainissement, de réorganisation et de relance de ces secteurs.

La situation de 1098 entreprises publiques locales a été examinée.

Le dossier a été finalisé et déposé aux fins de prise en décision en septembre 1994.

La tenue des 9emes assises nationales de l’UGTA sous l’appellation « Congrès du Chahid Belaid Meziane » traduisait la fidélité des travailleurs et des syndicalistes aux idéaux et principes pour lesquels ont lutté et se sont sacrifiés les patriotes et les nationalistes morts pour la patrie, du Chahid Aissat Idir à Belaid Meziane ainsi que tous les martyrs de l’Algérie. Ces assises, s’étaient soldées par un nombre important de résolutions et de changements dans les statuts de l’organisation, qui allaient lui donner une plus grande flexibilité dans ses différentes actions pour la protection et la promotion du travailleur algérien et de son outil de travail.

Ci-dessous, quelques extraits des résolutions les plus importantes adoptées lors de ces 9eme assises (Statuts et Résolutions adoptés par le 9eme congrès national, 27, 28, 29 et 30 Décembre 1994, Publication de Révolution et Travail)

Résolution organique :

A la lumière des expériences passées et compte tenu des aspirations des travailleurs, à savoir conférer davantage de cohésion et de force à leur organisation syndicale, l’UGTA, afin qu’elle puisse poursuivre sa mission de défense de leur cause, leurs libertés syndicales et leurs droits sociaux.

Dans le souci de doter l’Organisation syndicale d’outils organiques viables (structures et instances), de définir les modalités de leur élection ainsi que les paramètres fondamentaux devant garantir sa pérennité.

Le 9eme congrès avait adopté la présente résolution organique, laquelle renferme les volets ci-après (texte entièrement repris du document Statut et Résolutions Adoptés par le 9eme congrès national, édité par Révolution et Travail) :

  • Définition de l’UGTA
  • Place de l’UGTA dans la société : …. Au regard de la situation difficile que traverse le pays, l’UGTA est appelée à assumer des responsabilités historiques qui lui imposent de s’affirmer en tant que force nationale pour garantir équilibre et stabilité à la société. L’UGTA n’ambitionne nullement le pouvoir à l’heure actuelle. Toutefois, cette attitude ne l’empêche pas pour autant d’investir le champ politique. Bien au contraire, le poids de la classe ouvrière algérienne qu’elle représente lui confère un rôle déterminant et influant dans l’orientation de la politique du pays et l’esquisse d’un projet de société. Tout projet politique et tout programme de parti qui ne tiennent pas compte de cette réalité, se trouveront confrontés à une force sociale organisée capable à tout moment de mobiliser ou de paralyser la société, si d’aventure ses intérêts et ceux du pays sont menacés ou remis en cause.
  • Rôle de l’UGTA dans la réalisation de l’unité des travailleurs
  • Choix des directions au niveau des structures : … saisir l’opportunité du 9eme congrès pour imaginer des règles et des paramètres organiques en matière d’accès aux responsabilités syndicales (critères, itinéraire, graduation, alternance, etc…).
  • Organisation des travailleurs : au lendemain de l’indépendance, la force organique et organisationnelle de l’UGTA devait s’appuyer sur les travailleurs du secteur public, qui constituaient un pilier fondamental dans son organisation. Les changements intervenus dans l’édifice économique imposent aujourd’hui à l’Organisation syndicale la conception et la recherche d’instruments organisationnels qui permettent de structurer les travailleurs du privé. De toute évidence, cette option doit être inscrite parmi les priorités dans le programme organique des structures syndicales.
  • Modes d’élections libres et démocratiques : il a été donné de constater que les structures actuelles ne se sont pas encore départies des anciens procédés qui ne répondent plus à ceux prônés par l’Organisation syndicale, laquelle a adopté depuis son 8eme congres une nouvelle ligne de conduite, d’une organisation de masse elle s’est érigée en syndicat revendicatif, ce qui implique une rupture radicale avec les anciens concepts, mentalités et méthodes qui ne portent plus ou qui ont montré leurs limites. Pour ce faire, il y a lieu d’envisager et d’adopter de nouveaux modes d’élections qui soient libres, démocratiques et à la discrétion des travailleurs.
  • Organisation des structures et instances et définition de leurs relations : l’ossature de l’UGTA repose sur deux structures, l’une horizontale et l’autre verticale. Leur action est complémentaire avec pour objectif l’unité des travailleurs et la défense de leurs intérêts et droits matériels et moraux. Toutefois, cette complémentarité gagnerait à être développée et rénovée selon des paramètres viables. Il s’agit, entre autres, d’associer la structure verticale à l’œuvre d’élargissement de la base syndicale, en coordination avec la structure horizontale. Cette option aura le mérite de servir le mouvement syndical, de prendre en charge effectivement et dans la pratique, les questions posées et de répondre aux attentes des travailleurs.
Résolution Formation, Information, Communication :

Le 9eme congres souligne la nécessité, pour l’UGTA, d’inscrire parmi ses actions prioritaires la formation et l’éducation ouvrière, par la réhabilitation et la redynamisation des collèges de formation syndicale ainsi que par l’établissement d’un plan en la matière. Les mutations économiques intervenus et les changements attendus imposent aux militants syndicaux et aux cadres de l’Organisation une connaissance exhaustives et une maitrise parfaite des questions liées au dispositif législatif régissant le monde du travail en particulier et l’économie nationale en générale.

Résolution économique et sociale :

Pour l’UGTA, l’entrée dans l’économie de marché impose une phase de transition à préparer minutieusement afin de permettre la meilleure forme d’insertion possible de notre économie dans le marché mondial.

En conclusion, pour l’UGTA, c’est la gestion des années 80 et ce qui s’en suivit d’anarchie dans la conduite des affaires du pays qui ont amené le pays à rééchelonner sa dette.

L’UGTA s’est toujours prononcée contre toute politique, approche ou démarche favorisant le rééchelonnement.

Pour sa part, et quand bien même opposée à cette option, l’UGTA n’a ni la latitude ni le pouvoir d’empêcher l’exécutif de recourir au rééchelonnement.

En revanche, il appartient à la centrale syndicale d’arrêter une stratégie alternative pour faire face aux effets nés ou attendus du rééchelonnement. Cette stratégie s’articule autour de deux actions :

  1. S’employer à empêcher le FMI de faire main basse sur les potentialités du pays et d’en hypothéquer l’avenir.
  2. Engager des négociations multiformes avec le gouvernement aux fins d’atténuer les effets négatifs du rééchelonnement sur la classe ouvrière algérienne.

Dans le volet de l’emploi l’UGTA constate que

Le pays est un immense cimetière de moyens de transports, d’équipements et d’engins dont pâtissent les citoyens, les travailleurs et les activités stratégiques des secteurs de l’agriculture et du BTP.

Le bureaucratisme, le laxisme, l’utilisation du patrimoine des entreprises à des fins personnelles font des ravages.

N’est-il pas grand temps de mettre fin à cette situation ?

C’est pour ces raisons que l’UGTA, a prôné dans l’axe économique, la nécessité de plans de redressement des entreprises, dans le prolongement d’un appel pour la création de comités de redressement, mal appréciés par le syndicat de Directeurs Généraux des Entreprises passées à l’autonomie.

Mais ce n’est pas pour autant que l’UGTA abandonnera la lutte pour le redressement des entreprises en exigeant sa participation pour la mise en œuvre de cet objectif patriotique auquel il faut conférer un caractère obligatoire et en faire assumer la charge collective à la direction et aux représentants des travailleurs.

Pour l’UGTA, il ne fait aucun doute que le redressement est un levier stratégique au service de la préservation et de la création de l’emploi.

Elle ne soulignera jamais assez l’importance à accorder aux investissements de valorisation du potentiel productif existant (IVPE)

Elle demande la tenue d’une conférence nationale sur l’emploi avec la participation de l’ensemble des secteurs et des acteurs concernés, en vue de mettre au point une politique à moyen et long terme en la matière.

Dans le volet pouvoir d’achat:

L’UGTA refuse la fatalité des mécanismes du marché qui voudrait, et c’est le plus facile comme le plus injuste et le plus révoltant, encadrer les salaires pour les modifier autoritairement, laisser les prix s’envoler, mettre en œuvre une politique fiscale inacceptable…

C’est pourquoi l’UGTA propose la création d’un observatoire près de l’Institut National du Travail qui devra en liaison avec les partenaires sociaux assurer la charge :

De surveillance de l’emploi

De suivi de l’évolution des prix et des salaires

De la gestion d’un budget familial type et de manière plus générale des principaux indicateurs de l’évolution de la conjoncture économique et sociale.

Par ailleurs, l’UGTA exige un SNMG a 15.000 DA avec une indexation des salaires sur les prix.

Les résolutions adoptées lors du 9eme congrès avaient exigé aussi la revue du cadre général des relations de travail et les instruments de leur application, notamment :

  • tout ce qui concerne la prévention et la gestion des conflits collectifs de travail,
  • que la justice soit égale pour tous, et l’exécution des décisions de justice rendues en faveur des travailleurs,
  • une meilleure prise en charge de l’hygiène, de la sécurité et de la médecine du travail sur le plan législatif et réglementaire et aussi à travers, entre autres, la réactivation de l’Office National de la Médecine de Travail (ONIMET) en fixant ses attributions,
  • le redressement de la sécurité sociale (plusieurs propositions ont été faites à ce sujet qu’il serait difficile à résumer en quelques points).
  • L’Inspections de Travail, la justice de travail, le logement social, les catégories sociales vulnérables, notamment le problème de la femme qui pour l’UGTA devait faire l’objet d’un examen sérieux, ainsi que la question de la jeunesse qui constituait à elle seule un redoutable défi.
Dans le volet des relations internationales et de l’émigration:

Afin de consolider la place et le rôle de l’UGTA au plan international, le 9eme congrès soutiendra le rôle de l’UGTA au sein de l’USTMA et de la CISA, pour imprimer un nouvel élan et une plus grande dynamique à ces deux organisations, et œuvrera aussi pour renforcer la présence de l’UGTA dans l’action syndicale africaine dans le cadre de l’OUSA et pour consolider cette présence au sein des organisations syndicales internationales en érigeant, notamment, l’OTI en un véritable forum de défense des droits et libertés syndicaux et ouvriers.

Considérant l’importance que l’UGTA a toujours témoignée aux questions intéressants l’émigration et la communauté émigrée, le 9eme congrès mettra au point plusieurs résolutions pour une meilleure protection des droits des travailleurs émigrés, notamment en renforçant les domaines de coopération et de coordination dans un cadre maghrébin en vue de la défense des droits des émigrés.

  1. A.Benhamouda fit du 9eme congrès de l’UGTA un évènement historique, un pari réussi dans toutes ses dimensions. « .. Il faut préparer le 9eme congrès pour le 4eme trimestre de cette année avec la contribution de toute la base syndicale pour arrêter un programme. Il faut introduire le pluralisme à l’intérieur de l’UGTA, avec des listes de candidatures, des débats, avec une campagne électorale légale, loin des intrigues des coulisses. Il faut que chaque candidat puisse se battre face à son adversaire. » L’Hebdo Libéré du 27 au 03/05/94. C’était sa vision du 9eme congrès et il l’avait bien réalisée.

Les attentes du 8eme congres avaient été plus qu’atteintes, les projets et résolutions qui allaient donner un nouveau souffle au syndicalisme algériens avaient tous été adoptés, et l’évènement lui-même avaient grandement fait parler de lui à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Algérie. A. Benhamouda avait choisi de faire de cet évènement une rencontre internationale, en invitant un nombre important de délégations syndicales étrangères, arabes et occidentales. Malgré l’insécurité et l’acharnement des medias étrangers à noircir l’image de l’Algérie, A. Benhamouda réussit à redorer le blason de l’Algérie et de relancer le syndicalisme algérien sur la scène internationale. Le professionnalisme, l’excellente organisation, la richesse les débats, et la transparence des élections faisaient que l’UGTA était la seule organisation réellement disciplinée dans le pays, et tous lui devaient respect. Plus de détails concernant la campagne d’A. Benhamouda sur le plan international peuvent être consultés dans le chapitre Son Combat a l’International.

Malgré son intention affichée à plusieurs occasions de ne pas se porter candidat pour un nouveau mandat à la tête de l’UGTA, ses compagnons le représentèrent, et comme lors du 8eme congrès, il sera porté candidat sans son accord, et élu par la quasi majorité des représentants syndicalistes pour un deuxième mandat. Ce deuxième mandat que A. Benhamouda ne voulait pas, de peur que les attaques qu’il subissait de toutes parts allait nuire à l’UGTA, l’organisation pour laquelle il avait tant donné, et qu’il voulait être indépendante et sous aucune tutelle ou influence, même la sienne :

 .. Non je ne serai pas candidat. J’ai été élu lors d’un congrès et ma mission s’arrête au prochain…. L’Algérie va connaitre des maintenant un grand débat politique. Et moi si je reste à la tête de l’UGTA, je vais l’engager dans ce débat politique en sachant que des gars veulent utiliser Benhamouda pour détruire l’UGTA. Alors je ne serai pas le marteau-piqueur qui va servir à cette sale besogne. Le Soir 12/05/94.

Ce deuxième mandat, A. Benhamouda n’allait pas l’achever, car, c’est lui qu’on achèvera le 28 Janvier 1997.

1995 : Au Service de l’Algérie « dans ces moments douloureux que traverse le pays, l’UGTA a fait le choix historique de défendre à la fois l’Algérie et les intérêts des travailleurs. Hors de ce cadre, hors de cette logique et hors de cette perspective, il n’y’a rien qui puisse impliquer ou engager l’UGTA. » Révolution et Travail du 23 Mai 1995.

En plein mois de ramadhan, le 30 janvier 1995, l’attentat kamikaze du boulevard Amirouche vient endeuiller toute l’Algérie et creuser encore plus le fossé séparant la population et les islamistes intégristes.
C’est dans cette situation d’insécurité que se tient A Hassi Messaoud le meeting du 24 février fêtant la création de l’UGTA, cela en présence du Chef de l’Etat, Liamine Zeroual.
Sur le plan organique, la première session de la CEN issue du 9eme congrès se tient au mois de Mars (consultez document CEN) dans un contexte fait de pressions par presses interposées sur le SG A.Benhamouda. Des semeurs de trouble distillent à travers certains organes de presse des propos déformés, ou des propos hottés de leurs contextes, ou encore ils occultent certains propos de A.Benhamouda et rendent la situation inextricable.

A.Benhamouda saisit l’occasion de la CEN pour leur répondre :

« Qui a intérêt à jeter la suspicion sur un syndicat qui n’a jamais dévié de ses positions ni de ses objectifs ? » « On nous reproche de faire de la politique (participation de l’UGTA a la CDN) mais il suffit que l’UGTA privilégie la situation sociale pour qu’on l’accuse de vouloir mettre le feu aux poudres et de pousser à l’anéantissement du pays. » l’Hebdo Libéré du 22 au 28 mars 1995.
A.Benhamouda rappelle que l’UGTA considère « l’avant-projet de loi sur la privatisation comme étant anticonstitutionnel. Il affirme et soutien que l’opérations de privatisation doit être l’aboutissement et non le préalable a la réorganisation de l’économie. ». Elle exige que soit identifiées les causes réelles et les responsables de la faillite des entreprises publiques.
Il coupa court à toutes les spéculations et toutes les manipulations qui s’organisaient autour de sa personne.

Nous sommes contre la privatisation à cause de son cout social

  • Le 17 avril 1995 se tient une tripartite, elle est consacrée à la présentation par le gouvernement aux partenaires sociaux des résultats des négociations finalisées par le gouvernement Algérien avec le FMI.
    A.Benhamouda, dans sa défense des couches sociales les plus exposées aux impacts des mesures initiées dans ce cadre, entend poursuivre sans relâche la défense des intérêts des travailleurs, leur pouvoir d ‘achat ; et refuse l’acceptation du fait accompli a toute mesure à laquelle il n’aura pas été associé. Il agira contre toute tentative de marginalisation des travailleurs dans la vie politique et économique, sociale et culturelle. L’UGTA demeure disposée à apporter sa contribution à toute politique économique en faveur de la stabilité du pays et son progrès.
    Ainsi, plusieurs groupes de travail ont été mis sur pied pour faire avancer les réflexions dans le cadre de rencontres entre les partenaires sociaux et les ministères concernés.
  • La tripartie du 03 Mai 1995, elle fait suite aux recommandations de la tripartite précédente, elle étudiera notamment deux points : l’examen de l’avant-projet d’ordonnance relative à la privatisation des entreprises publiques et la poursuite des discussions sur un éventuel pacte social. En conclusion a cette tripartite A.Benhamouda exprimera a ses interlocuteurs que l’UGTA reste attachée au secteur public économique et la sauvegarde de ce précieux patrimoine de la collectivité nationale qui ne doit en aucun cas être l’enjeu d’approche dogmatique ou de surenchère politique. Il refusera un processus de privatisation menée à la Hussarde, sacrifiant l’intérêt des travailleurs au profit des spéculateurs et rentiers et au détriment des intérêts supérieurs de la nation.
    La tripartie prend fin avec la non adhésion de l’UGTA a cet avant-projet d’ordonnance relative à la privatisation des entreprises publiques.
    L’UGTA reçoit des invitations de plusieurs syndicats européens (Allemands, Britanniques, Italiens et Belges) émettant le souhait de rencontrer le leader syndical Algérien suite aux soutiens apportés par la Confédération Européennes des Syndicats et la Confédération Internationale des Syndicats Libres à l’action internationale de l’UGTA. A partir du 14 Mai 1995, A.Benhamouda effectue une visite en Europe pour expliquer la situation réelle que vit l’Algérie sur les plans économique, social et politique :

    • A Strasbourg et Bruxelles : le redressement de l’économie améliorera la situation sociale.
    • A Rome : les dirigeants des partis politiques qui s’opposent à l’élection présidentielle veulent prolonger la crise pour servir leurs intérêts et ne pas avoir à rendre compte de leur responsabilité dans le drame que vit le pays. L’authentique du 21 Mai 1995.

Il n’y a pas de tolérance avec les gens qui cultivent la haine

Les derniers développements politiques marqués par les négociations pouvoir/Ex FIS font sortir A.Benhamouda de son silence politique. Il réaffirme sa position et sa ligne anti intégriste. Pour lui le FIS reste un parti hors la loi. Il répondra plus tard sur sa position vis-à-vis du dialogue avec l’ex FIS et du retour probable sur scène de ses dirigeants : « je n’engage pas l’UGTA dans ma position : concernant le FIS, je n’accepterai jamais son retour. Moi, j’ai payé avec du sang et pas avec de l’eau. Moi Benhamouda, je ne tolèrerai jamais que des criminels qui ont assassiné ma famille, mes amis, qui terrorisent ma famille syndicale et ma famille de sang, reviennent. Pour une gifle je donne dix gifles. Il n’y a pas de tolérances avec les gens qui cultivent la haine. » le matin du 19 juin 1995.

S’ils veulent aller à la casse, on va à la casse

Pour faire plier A.Benhamouda et l’UGTA et leur faire accepter les plans d‘ajustement structurel dictés par le FMI avec leurs lots de privatisation sauvage et l’ouverture de l’économie aux appétits féroces des banques étrangères et des multinationales du nouvel ordre mondial, des campagnes de déstabilisation sont orchestrées à travers plusieurs journaux et organes audiovisuels ; sont utilisés pour cela des procédés et de manipulations honteuses. Cette campagne médiatique essaye de semer le trouble et la division dans le monde du travail et faire croire que A.Benhamouda et l’UGTA ont trahi la cause des travailleurs. Révolution et Travail du 30 Mai 1995.
En réponse a ce battage médiatique, A.Benhamouda convoque une CEN extraordinaire et remet les pendules à l’heure. Elle appelle les travailleurs a resserrer leurs rangs et rappelle aux élus syndicaux de renforcer leur unité et leur solidarité. Révolution et Travail du 30 Mai 1995.
Le 18 juin, le secrétariat national se réunit lors d’une séance extraordinaire et décide d’une grève générale motivée par les dernières augmentations des prix de premières nécessités. Il qualifie ces augmentations de « brutales, scandaleuses, intolérables et annoncées par le gouvernement avec désinvoltures ». Il estime que les licenciements massifs des travailleurs sont « des mesures arbitraires et politiquement dangereuses ».
« Le gouvernement a définitivement choisi l’indifférence et le mépris, l’inconscience et la provocation, la fuite en avant et l’entêtement…en poursuivant une politique qu’aucun argument économique ou financier ne saurait expliquer ou justifier »
« Il exige du gouvernement qu’il revienne sur les dernières augmentations sinon qu’il prenne ‘ au plus vite des décisions de rattrapages du pouvoir d’achat par des réajustements substantiels hors salaire » Interview Le Matin du 19 juin 1995 et Révolution et Travail du 20 juin 1995.
Dès le 16 juin, un secteur de souveraineté, en l’occurrence le trésor public est entrée en Greve illimitée dans les 48 wilayas. Le secteur des finances soutient, les foyers de tension s’élargissent avec l’entrée en scène des syndicats et d’entreprises parapétrolières, une grève de dix jours est entamée le 26 juin.
Sous la pression le gouvernement invite le partenaire social a une rencontre bipartite pour examiner et prendre en charge les préoccupations et les revendications des travailleurs. Les échanges et analyses sur le plan économique et social ont abouti à des mesures et actions importantes. Les acquis arrachés sont :

  • Allocation familiale majorée de 150 DA par enfant ;
  • Abattement de l’IRG au profit des célibataires et des mariés sans enfants ;
  • Relèvement des salaires de 10% ;
  • Suivi de l’application des décisions de justice ne faveur des travailleurs ;
  • Règlement des salaires du BTPH à fin juillet ;
  • Redressements et assainissements des entreprises publiques ;
  • Révision des projets de lois sociales au CNT ;
  • Logement social : mise en place d’un dispositif pour la gestion des œuvres sociales pour le logement et mise en œuvre d’un système de coopérative immobilière ;
  • Sécurité sociale : recouvrement des arriérés des contributions et récupération du patrimoine de la sécurité sociale ;
  • Micro entreprise pour les travailleurs licenciés. Révolution et Travail du 27 juin et 04 juillet 1995.

L’UGTA et A.Benhamouda ne sont pas responsable de la situation de crise multidimensionnelle que vit le pays :

  • Nous ne sommes ni le pouvoir, ni le gouvernement, ni les gestionnaires des entreprises (responsables de la misère, de la mauvaise gestion, des injustices, des scandales économiques…) ;
  • L’opposition s’occupe de tout sauf de proposer des alternatives sérieuses et crédibles ;
  • L’UGTA a fait un choix difficile, patriotique, celui de défendre le pays et les travailleurs, elle a fait des concessions énormes et a misé sur l’apaisement social dans ce climat insurrectionnel (beaucoup de parties poussaient a la grève générale) ;

En conclusion, l’Algérie possède beaucoup d’atouts pour conduire une politique plus juste et plus efficace…les travailleurs ont soif de dignité et de justice…l’état a une immense dette envers la jeunesse marginalisée, exclue, désespérée…les cadres honnêtes, compétents et patriotes doivent avoir la chance pour servir leurs pays… « Il viendra un moment ou je ne saurai plus répondre à la question des travailleurs de savoir jusque ou et jusqu’à quand accepteront-ils de suivre leurs dirigeants syndicaux dans cette ligne patriotique qui nous commande de mettre en avant les intérêts supérieurs du pays au détriment de leurs droits les plus légitimes ».

Adoption de la loi sur la privatisation par le CNT

Le gouvernement refuse de faire une pause dans sa politique de privatisation tout azimut. La loi est débattue au sein du CNT pour son approbation. La réaction d’A.Benhamouda face à ce qu’il appelait une marche vers le suicide se fait à travers une lettre publiait par la presse le 31 Juillet, dans laquelle il s’en prend violemment au gouvernement ; et il annonce la tenue d’une conférence extraordinaire des cadres syndicaux de l’ensemble des secteurs d’activités du pays en septembre et cela après accord du secrétariat nationale. Voir Liberté du 31//07/1995
Au même temps « le groupe UGTA au CNT avait majoritairement voté contre la loi avant que sa réaction ne connaisse un autre rebondissement : le retrait des commissions du CNT en protestation contre le complot tramé contre le groupe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du conseil » voir la tribune du 31/07/1995.
La loi est malgré tout adoptée par le reste des membres du CNT et le groupe parlementaire UGTA dénonce publiquement cette loi et les manipulations qui ont précédées son adoption et répond a toutes les interrogations sur les positions du groupe parlementaire, certains de ses membres ont été accusé d’avoir choisi l’abstention au rejet.
Malgré le climat sécuritaire et ses contraintes, la combativité du syndicat ne diminuait pas d’intensité et s’exprime dans une mise au point signée par trois syndicalistes au CNT qui déclarent avoir : « la conscience tranquille parce qu’ils ont défendu  les positions de l’UGTA concernant le dossier de privatisation durant deux mois au niveau de la commission » Opinion du premier aout 1995.
Partant de là, A.Benhamouda réitère son opposition ferme et son total rejet des procédures, modalités et conditions qui caractérisent le dossier de la privatisation assimilée a un projet de liquidation de l’économie nationale.
Des réunions du secrétariat national se tiennent les 6, 9 et 13 aout durant lesquelles des mesures sont attendues du conseil de discipline pour statuer sur le cas des syndicalistes abstentionnistes et des syndicalistes parapétroliers responsables de trouble. Ces réunions préparent le rendez-vous de septembre pour faire le point sur la situation économique, sociale et politique et adopter une stratégie syndicale pour les mois avenir et diffuse une déclaration a toutes les structures syndicales.

Notre position ne sera jamais un chèque à blanc

Afin de stabiliser le pays sur un plan politique, le 12 aout, le chef de l’état prépare l’élection en invitant les partis et les organisations à participer à l’ouverture des débats la commission nationale indépendante de l’élection présidentielle.
L’UGTA étant partie prenante du dialogue national exige que cette élection soit le résultat : « de l’union sacrée et du consensus le plus large pour le retour à la paix civile sans exclure les intérêts moraux et matériels des travailleurs ».
Cette élection pluraliste est la première dans l’histoire de l’Algérie indépendante et doit redonner la légitimité aux institutions étatiques ; pour cela elle fera l’objet de l’attention et de l’effort de A.Benhamouda pour la faire aboutir malgré le climat d’insécurité. En effet, des hommes et des partis politiques dénient a l’UGTA le droit de son avis et faire entendre la voix des travailleurs et ils veulent la mettre à l’écart car A.Benhamouda dérangeait leur dessein politicien vu son audience auprès des millions de travailleurs.
L’UGTA fit valoir son droit de faire part de ses observations sur le programme des candidats parce que les travailleurs ne sont pas prêts d’abandonner leur sort et celui de leurs enfants entre les mains de ceux qui veulent diriger le peuple pour le compte du minorité de privilégiés. Voir Révolution et Travail du 7 novembre 1995.
Dénonçant ces agissements, le secrétariat national décida la tenue d’une réunion de la CEN le 8 novembre, au cours de laquelle la direction nationale se prononça sur les programmes proposés aux électeurs par les candidats à la présidentielle.

En conséquence, l’UGTA s’oppose fermement à tous les programmes qui prônent la liquidation du secteur publique, la bazardisation de l’économie et l’atteinte à la souveraineté nationale. Déclaration de la CEN du 8/11/1995.
L’UGTA appellent les travailleurs à voter massivement le 16 novembre en leur âme et conscience, afin que s’achève une période tragique d’instabilité…de confusion…de complot, et pour l’avènement effective de la paix civile, de la justice et de la démocratie. Voir interview el Acil  /Authentique du 26/10/1995 et Révolution et Travail du 14/11/1995.

Les Algériens aspirent à être des lions et pas des chacals

L’après élection présidentielle est caractérisé par un flottement et un vide durant lesquelles le gouvernement SIFI continu de gérer les affaires courantes dans un climat fait d’attaques directes contre l’UGTA et A.Benhamouda tentant de le décrédibiliser vis-à-vis de la base. Les provocations venaient de toute part, le gouvernement, certains medias et la version FLN de l’époque.
Cette élection a été l’occasion aux détracteurs d’A.Benhamouda de l’écorcher vif. Les revendications élémentaires du peuple sont exploitées à fond par ceux qui veulent que la crise perdure.
Estimant avoir accompli son devoir de patriote vis-à-vis de son pays A,Benhamouda retourne au travail revendicatif plus déterminé que jamais et contre-attaque a l’occasion d’une correspondance du Ministère de la restructuration industrielle et la participation par laquelle l’UGTA a été saisi à propos des textes de loi portant privatisation. Dans sa réponse, A.Benhamouda adresse une lettre incendiaire dirigée contre le gouvernement de l’époque, ou certains ministres ont été traités de ministres fantômes et accusés de déstabiliser le pays : « ceux qui ont précipité l’Algérie dans la misère et la confusion sont cela même qui parlent aujourd’hui de démocratie, de rupture et d’économie KHORTI ». Voir le Soir d’Algérie du 23/12/1995.
A.Benhamouda rappelle que cette loi est anticonstitutionnelle car elle empiète sur les attributions du président, elle est juridiquement illégale car le gouvernement est transitoire.
En bref la politique de privatisations est rejetée en bloc et dans le détail. Pour A.Benhamouda, le peuple ne veut pas être charognard et se nourrir d’aumône, il veut chasser de ses propres forces et demande les conditions qui lui permettent de créer et de produire pour vivre. Le pouvoir est dans l’obligation de procéder à « une action nationale courage et irréversible conduisant à l’avènement d’une confiance durable entre gouvernants et gouvernés ». Cela ne se fera qu’avec « un changement profond et immédiat des pratiques, des méthodes de travail et des mentalités en cours dans la gestion de l’économie nationale et l’administration ».
Le débat reprend de nouveau en cette fin d’année en attendant la nomination d’un nouveau gouvernement.

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